La reconnaissance faciale, souvent considérée comme une menace pour la vie privée, présente également des effets positifs insoupçonnés : elle permet de retrouver les personnes disparues avec une aisance incroyable.

Contre la traite des êtres humains

Comme le raconte la chroniqueuse tech Rachel Kaser sur The Next Web, cette technologie, qui consiste à reconnaître des points de similitudes entre plusieurs visages sur des photos, grâce à l’apprentissage machine (machine learning, en anglais), afin de reconnaître quelqu’un en particulier, sert par exemple à lutter contre la traite des êtres humains.

À Pittsburg, en Pennsylvanie, la startup Marinus Analytics utilise depuis 2012 l’IA et l’exploration de données massives (Big Data) pour « aider les forces de l’ordre à attraper les trafiquants sexuels et à secourir les victimes. » Concrètement, en 2011, lorsqu’elle étudiait encore au Carnegie Mellon University Robotics Institute, Emily Kennedy, la fondatrice de cette entreprise tech a conçu un logiciel, « Traffic Jam », afin d’identifier les personnes bien souvent victimes de prostitution forcée. Pour cela, son programme extrait (en temps réel, et en continu) des données de sites web « accessibles au public », comme les sites de mise en relation avec des « escort girls », crée ensuite une base d’images, de numéros de téléphone et de données de géolocalisation.

Contre le trafic de femmes

Grâce à son système, l’entrepreneuse, récompensée par le prix « Mother of Invention » du salon « Women in the World » 2018 de Toyota à Los Angeles, affirme « trouver des preuves cruciales que personne ne trouverait autrement », et épargner aux enquêteurs « des centaines d’heures de recherche, en les dirigeant vers des cibles » très précises. Dans les séries télé, la police américaine fait appel à des profilers ou à des médiums, mais à l’écouter, dans la réalité, l’IA semble se montrer bien plus forte.

« Traffic Jam fait un travail qui serait impossible pour les humains : il s’agit d’un processus manuel extrêmement lent et difficile qui, dans la plupart des cas, ne vous montrerait pas toutes les annonces d’escort girls… parce que les humains ne voient pas tout, et parce que les trafiquants effacent les vieilles annonces, de sorte qu’elles ne sont pas sur Google et ne peuvent pas être trouvées », explique encore Emily Kennedy. Marinus Analytics a finalement développé en 2017 une fonction nouvelle à son logiciel, baptisée « Facesearch », qui permet d’éplucher une masse importante de photos en ligne, et d’identifier des victimes de traite d’être humains, grâce à la reconnaissance faciale. Les policiers peuvent ainsi comparer les photos d’une personne recherchée avec celles de Traffic Jam, afin de les retrouver dans de potentielles « pubs » en ligne.

Selon The Next Web et The Huffington Post, Amazon propose aussi son propre système de reconnaissance faciale, Rekognition, à la police américaine. 30 ONG ont récemment écrit au géant du commerce en ligne pour lui demander de stopper cette collaboration « dangereuse », car conférant aux forces de l’ordre un « énorme pouvoir de surveillance ». Mais dans les faits, Rekognition est potentiellement capable, tout comme Traffic Jam, de retrouver sur le Web des victimes de traite d’être humains.

La reconnaissance faciale pour retrouver les enfants perdus

La reconnaissance faciale peut aussi permettre de retrouver les enfants disparus. En Inde, où la disparition d’enfants est un véritable fléau, comme le souligne le récent film de Garth Davis, Lion, la police de New Delhi teste depuis avril 2018 une application utilisant cette technologie – qui lui aurait permis de retrouver, en seulement 4 jours, 2930 enfants.

Pour cela, les enquêteurs croisent les photos stockées sur la base de données des 240.000 enfants perdus d’Inde, « Track Child » – des enfants recueillis et photographiés dans des centres d’aide -, avec les photos prises par les parents. Les forces de l’ordre utilisent un logiciel de reconnaissance faciale conçu par Vision Box, une société de « solutions de gestion d’identité numérique », basée à Lisbonne, au Portugal. Pour la petite histoire, ce programme servait jusqu’ici, essentiellement, pour le contrôle biométrique aux frontières, dans les aéroports. L’entreprise portugaise aurait mis gratuitement son système à disposition de la police indienne, à condition qu’il ne soit utilisé que pour retrouver des enfants disparus.

« Invisible Friends » 

La fonctionnalité de reconnaissance faciale de Facebook, de son côté, est actuellement utilisée, ou plutôt détournée, par une association australienne pour retrouver des personnes disparues.

Missing Persons Advocacy Network (MPAN) a ainsi lancé en mai 2018 une campagne, « Invisible Friends » (Amis invisibles, en français), qui consiste à demander aux utilisateurs du réseau social d’ajouter en amis des profils de personnes disparues, en espérant que l’outil de reconnaissance faciale de Facebook les identifie sur des photos. « C’est l’équivalent 2018 des affiches d’avis de recherche. Nous profitons juste de la technologie qui est maintenant disponible gratuitement », explique Loren O’Keeffe, fondatrice et PDG du MPAN, à Mashable.

Crédits : Missing Persons Advocacy Network/YouTube

Auteur : Fabien Soyez