Afin de permettre aux personnes aveugles et malvoyantes de pouvoir pleinement utiliser leurs ordinateurs ou leurs tablettes, les géants de la tech ont enterré temporairement la hache de guerre, et créé ensemble un standard USB pour les afficheurs braille.

Une plage braille

Actuellement, utiliser un ordinateur n’est pas un parcours du combattant pour les personnes déficientes visuelles, mais presque. Pour lire un texte numérique, les personnes aveugles ou malvoyantes utilisent une « plage braille »,  un dispositif connecté en Bluetooth ou sur un port USB, qui se place sous un clavier classique, et qui affiche en braille ce qui est écrit sur l’écran d’un ordinateur ou d’une tablette tactile.

Les prix de ces dispositifs sont souvent très élevés en raison de leur complexité – entre 1 200 et 10 000 euros, selon le nombre de caractères (entre 40 et 80). Et il faut un logiciel pour les faire fonctionner, ainsi que des pilotes spécifiques en fonction de la marque de l’appareil.

Pour le bien commun

Mais les choses devraient vite bouger grâce à la bonne volonté des géants de la tech, qui semblent déterminés à augmenter l’accessibilité de leurs systèmes d’exploitation. Apple, Google, Microsoft et « d’autres sociétés technologiques » ont ainsi oublié un temps leur rivalité pour le bien commun, et collaboré afin de mettre en place, en juin 2018, un nouveau standard pour les appareils braille.

Le standard en question est un USB HID (Human Interface Device), c’est à dire une spécification USB pour les dispositifs « d’interface humaine » que sont les claviers, les souris, les manettes de jeu et autres dispositifs d’affichage alphanumériques. Son nom : le « HID Standard for Braille Displays », ou « standard HID pour afficheurs brailles », tout simplement. Développé sous l’égide de l’USB Implementers Forum (USB-IF) – une structure qui soutient la promotion et l’adoption de la technologie USB – il devrait permettre aux appareils braille de fonctionner sur les OS d’Apple, Microsoft ou encore Google, sans avoir besoin de passer par un pilote spécifique. Une meilleure compatibilité entre les appareils, en somme, qui devrait considérablement améliorer et favoriser l’accès à Internet des personnes avec des déficiences visuelles.

En outre, les fabricants de plages brailles et autres « bloc-notes nomades » (des appareils portatifs mêlant un clavier braille, une plage braille et des dispositifs sonores) verront leur travail de conception facilité, puisque leurs périphériques n’auront plus besoin de passer par des logiciels spécialement configurés pour un OS ou un lecteur d’écran particulier.

« Nous avons une responsabilité, en tant qu’industriels »

À terme, l’objectif des géants de la tech est de permettre, via le « HID Standard for Braille Displays », de rendre le branchement d’une plage braille aussi simple que celui d’un clavier ou d’une souris USB. « Nous voyons les opportunités que les progrès technologiques peuvent créer pour les personnes handicapées et nous avons une responsabilité, en tant qu’industriels, de développer de nouveaux moyens pour rendre possible l’autonomie pour tout le monde, afin que chacun puisse faire plus », explique Jeff Petty, directeur des programmes d’accessibilité à Windows chez Microsoft, sur le site de l’USB-IF.

Selon lui, le développement d’une norme HID pour les afficheurs braille « est un exemple de la manière dont nous pouvons travailler ensemble, dans un même secteur, pour faire progresser les possibilités technologiques d’une manière qui profite à la société et finalement, pour permettre de réduire le taux de chômage des personnes avec un handicap ».

Apple n’hésite pas à prendre lui aussi des accents lyriques, bien que réaliste sur l’intérêt commercial d’une telle démarche : « nous sommes fiers de promouvoir cette nouvelle norme USB-IF, car nous croyons en l’importance d’améliorer l’expérience de tous les utilisateurs qui comptent sur les afficheurs braille pour utiliser leurs produits Apple ou tout autre dispositif. »

Auteur : Fabien Soyez