Les vertus de la soie sont connues depuis des millénaires. Depuis quelques années, elle suscite l’attention de certains scientifiques qui, en la travaillant, lui découvrent de nouvelles facultés et applications médicales. Seul hic, la soie, même pour panser des plaies, demeure un matériau luxueux.

Ultra-résistante

L’équipe de Young Kim en est convaincue, la soie pourrait bien révolutionner certaines méthodes médicales, comme l’expliquait The Verge le 4 mai dernier. Cette scientifique de l’université du Connecticut est partie du constat surprenant, lorsqu’on ne connaît la soie que sous la forme d’un précieux tissu, qu’il s’agit en réalité d’un matériau extrêmement résistant, très élastique, mais aussi compatible avec le corps humain.

Déjà utilisée dans les gilets pare-balles, son potentiel apparaît bien plus vaste à la scientifique, qui espère l’intégrer à nos organismes pour guérir nos blessures ou reconstruire nos os brisés. Il existe deux types de soies aux propriétés différentes : celle que fabriquent les célèbres vers à soie pour leurs cocons, et celle tricotée par les araignées pour leur toile. La première serait un peu moins résistante que la seconde, mais les deux restent des matériaux suffisamment forts et élastiques pour être utilisés dans le corps humain, selon Young Kim.

Rouge sang

Après avoir identifié que certaines protéines naturelles, activées par une lumière verte, peuvent créer une réaction chimique éradiquant les agents pathogènes, l’équipe de la scientifique a injecté dans l’ADN des vers à soie une super-protéine nommée mKate2, d’un rouge fluorescent. Les vers à soie se sont alors mis à produire une soie rougeoyante, sur laquelle les chercheurs ont déposé une bactérie. Ils ont éclairé le tissu obtenu d’une lumière verte pendant une heure. Après cela, ils se sont rendus compte que le taux de survie de la bactérie avait diminué de 45 %. Un processus chimique très proche, selon Kim, de celui produit par le peroxyde d’hydrogène – qu’on connaît sous la forme d’eau oxygénée –, connu pour son action antibactérienne.

Des points d’interrogation demeurent : à l’instar du peroxyde d’hydrogène, ce processus ne distingue pas les mauvaises bactéries des bactéries bénignes. On ignore également pendant combien de temps, au minimum, il est nécessaire d’exposer la soie à la lumière pour que le processus soit efficace. Mais la découverte, publiée par Advanced Science est incontestablement prometteuse, et pourrait avoir de plus larges applications, notamment dans des appareils de purification de l’air et de l’eau. La même équipe de chercheurs a également identifié les propriétés physiques qui expliquent que la soie possède également des qualités de refroidissement, et pourrait donc être utilisées contre les inflammations sous forme de bandage.

Réparer les os

Outre ses vertus cicatrisantes, la soie pourrait aussi aider à reconstituer nos membres brisés. Aujourd’hui, les médecins utilisent pour certaines fractures des morceaux de métal pour stabiliser la zone du corps abîmée : généralement faits d’acier désoxydé et de titane, ces matériaux ont l’inconvénient d’être particulièrement rigides, et d’être susceptibles de provoquer d’autres fractures, selon Mei Wei, spécialiste en science des matériaux à l’université du Connecticut. En outre, la présence de morceaux de métal dans nos corps nécessite une opération chirurgicale postérieure, quand l’os est réparé, pour les retirer.

À partir de la fibroïne, une protéine dénichée dans la soie d’araignée, le Professeur Wei a mis au point un matériau solide, élastique, et biodégradable dans le corps au bout d’un an, fruit d’une association de la protéine avec un type de calcium présent naturellement dans nos os et une forme de plastique. Selon lui, l’os réparé serait finalement plus résistant que l’os naturel. Le processus est encore en cours d’amélioration, avant que des tests sur des animaux puis des essais cliniques soient lancés.

Vertueuse mais luxueuse

Comme souvent dans l’innovation, le problème initial est celui du prix. Dans le cas de la soie, qui est conçue naturellement par des animaux, il est d’autant plus difficile de réduire les coûts de production que les vers à soie sont très rares et difficiles à élever en masse. Quant à l’idée de mettre sur pied des fermes d’araignée, elle n’attire pas grand monde.  

Daniel Söderberg, scientifique de l’Institut royal de technologie de Stockholm, propose de concevoir un matériau fort et peu cher en combinant la nanocellulose présente dans les bois et nécessairement solide, puisqu’elle contribue à maintenir l’arbre debout toute sa vie durant, et de la combiner à de la soie pour rendre le matériau plus souple. Il pourrait par exemple remplacer les tendons, partie du corps à laquelle il est très difficile de trouver un substitut, du fait de son élasticité.