Le 2 juin dernier, un astéroïde s’affiche inopinément sur les radars des scientifiques, débarquant ainsi dans l’atmosphère à l’improviste. La roche arrive des tréfonds du système solaire à plus de 61 000 km/h, avant d’exploser au-dessus d’une ferme, en Afrique du Sud. Était-il impossible, pour les scientifiques, de détecter cet astéroïde avant qu’il ne soit si proche de nous ? Là est toute la question.

Prise de conscience et sensibilisation

Depuis 2013, la surveillance spatiale est un enjeu de premier ordre pour les agences et les instances gouvernementales. La principale raison de cette prise de conscience et des efforts menés conjointement par les nations est l’astéroïde Tcheliabinsk. Avec ses 19 mètres de large, elle est considérée comme la plus grosse météorite jamais entrée en collision avec la Terre depuis 1908. Bilan de l’explosion survenue au-dessus de la Sibérie le 15 février 2013 : 1600 blessés, 5000 logements et infrastructures détruits et une onde de choc ressentie à plus de 90 km à la ronde.

Les astéroïdes potentiellement dangereux, ou géocroiseurs

Comment de telles catastrophes peuvent-elles arriver alors que les agences spatiales ont leurs télescopes terrestres et spatiaux braqués sur le ciel ? Parce que leurs appareils se concentrent sur les « astéroïdes potentiellement dangereux », c’est-à-dire ceux qui mesurent plus de 140 mètres, explique en substance la NASA. Les objets célestes plus petits, eux, sont très difficiles à repérer avant qu’ils ne fassent leur entrée dans l’atmosphère terrestre.

Un univers d’inconnus  

L’Union astronomique internationale estime ainsi n’avoir découvert que 1% des astéroïdes mesurant moins de 140 mètres. Concernant les géocroiseurs – c’est-à-dire les roches de plus d’un kilomètre – susceptibles de devenir un danger pour la Terre, environ 15 000 avaient été détectés en 2016, soit une augmentation de 50% du nombre d’astéroïdes connus près de la Terre depuis 2013. 95% d’entre avaient découverts par des enquêtes financées par la NASA, principalement grâce à ses télescopes terrestres. Chaque semaine, la NASA en localise approximativement 30 nouveaux, révèle cette dernière dans une FAQ sur son site. En outre, le Jet Propulsion Laboratory’s Center de la NASA répertorie et actualise les découvertes d’astéroïdes en temps réel.

Risque-t-on une collision mortelle ?

La NASA est formelle : aucun astéroïde ne représente un risque significatif pour la Terre dans les cent années à venir. Cependant, elle n’exclut pas d’autres impacts, tel que celui de Tcheliabinsk en 2013. Les experts estiment qu’un tel astéroïde impacterait la Terre une à deux fois par siècle. « Toutefois, compte tenu de l’incomplétude actuelle du catalogue NEO – near-Earth object, en français objets près de la Terre –, un impact inattendu – tel que l’événement de Chelyabinsk – pourrait se produire à tout moment », indiquait un communiqué de la NASA en août 2017.

Y a-t-il un astronaute dans le vaisseau ?

Comme nous ne vivons pas dans un film avec Bruce Willis comme tête d’affiche, aucune mission n’a encore été lancée pour détourner un astéroïde qui graviterait trop près de la Terre. Cependant, les avancées technologiques ont permis d’imaginer une manière de dévier un astéroïde et dès 2016, des simulations numériques en 3D ont été effectuées par la NASA. En 2022, la mission AIDA (pour Asteroid Impact and Deflection Assessment, soit Évaluation de l’impact et de la flexion des astéroïdes), menée par la NASA et l’ESA (Agence spatiale européenne) devrait permettre de dévier la trajectoire de l’astéroïde Didymos découvert en 1996. Il s’agit en fait d’un couple d’astéroïdes qui tournent l’un autour de l’autre. Il ne s’agirait pas de le faire exploser, car il y aurait alors un risque que des débris ne frappent la Terre. Les agences spatiales ont imaginé de faire entrer une sonde de plusieurs milliers de kilos en collision avec le plus petit des deux astéroïdes lorsqu’il sera au plus près de la Terre, soit à une distance d’environ 11 millions de kilomètres.

Auteure : Laura Boudoux