Nos vidéos, photos et autres données seront-elles bientôt stockées sur des brins d’ADN ? C’est ce que cherche à développer Microsoft avant la fin de la décennie. Une technologie venue des années 60, qui pourrait permettre aux centres de données d’améliorer leur performance en termes de développement durable.

Un défi universel

À travers le monde, il existe aujourd’hui plus de 3 300 datacenters, ces espaces dans lesquels sont stockées, traitées et protégées les données informatiques. Entre leur construction, leur fonctionnement au quotidien, leur entretien et leurs déchets, les Nations Unies estiment que près de 50 millions de tonnes de déchets électroniques seront générés au global en 2018.

Les green datacenters seront les gagnants

Logiciels cloud, plastiques recyclés et technologies alternatives sont de plus en plus exploités par les datacenters, qui visent à devenir plus green. Car s’ils n’empruntent pas le chemin de la modernité en adoptant un comportement responsable, ces centres sont voués à disparaître. La International Data Corporation (IDC) flaire ainsi une baisse de 15% du nombre de datacenters de 2015 à 2021. Quant à Cisco, le site prévoit que, la même année, le trafic des cloud datacenters représenteront 95% du trafic total des centres de données à travers le monde.

Stockage et ADN : une méthode venue du passé

Depuis les années 60, les architectes informatiques cherchent à stocker des données sur de l’ADN. Mais ce n’est qu’en 2013 qu’ils y parviennent vraiment. En mai dernier, Microsoft Research va plus loin, en assurant à la MIT Technology Review qu’ils pourront faire des brins d’ADN un système de stockage opérationnel et commercialisable avant la fin de la décennie.

Comment ça marche ?

En biologie, l’ADN sert déjà de molécule de stockage de l’information. Il semble alors logique de l’utiliser pour la sauvegarde de données numériques. Comment ça marche ? Une chanson, ou encore une vidéo est codée via un logiciel, pour former une séquence comportant les quatre bases azotées (A, C, T et G) qui composent la molécule d’ADN. Celle-ci peut ensuite être séquencée, c’est-à-dire lue. D’après Microsoft, le dispositif utilisé pour ses recherches a les mêmes dimensions qu’un « grand copieur Xerox des années 1970 ».

Mieux que le cloud : l’ADN

Plus résistant que silicium, plus écologique et ayant une durée de vie estimée à mille fois supérieure, l’ADN semble être une solution miracle pour le stockage de données. Le bonus ultime qui pourrait signer la fin des datacenters ? L’ADN peut contenir 1.000.000.000.000.000.000 bits de données dans un millimètre cube. Et contrairement aux disquettes, vinyles et autres CDs, il ne sera jamais obsolète !

Un coût encore exorbitant

Un obstacle majeur reste à écarter pour faire de l’ADN notre disque dur du futur. La conversion des bits numériques en code ADN reste en effet extrêmement coûteuse, notamment à cause du processus chimique pour fabriquer de nouveaux brins. En 2013, Microsoft a ainsi déboursé 800 000 dollars (soit près de 692 000 euros) pour convertir 200 Mo de données (une vidéo musicale) en ADN, utilisant plus de 13,4 millions de brins. L’entreprise le dit : pour commercialiser l’ADN comme produit de stockage, il faudra diminuer par 10 000 son coût de fabrication. Alors que de nombreux experts le conteste, Microsoft est persuadé que cela sera possible d’ici trois ans.  « Nous espérons qu’il soit commercialisé sous le terme « Votre stockage avec de l’ADN » », expliquait ainsi Doug Carmean, architecte partenaire chez Microsoft Research à la MIT Technology Review.

Auteure : Laura Boudoux