Depuis quelques mois l’addiction aux crypto-monnaies, ces monnaies électroniques décentralisées, est devenue une problématique de santé publique. De par leur forte volatilité, celles-ci séduisent en effet des individus qui, à l’image de certains adeptes de jeux d’argent, espèrent faire des gains importants très rapidement.

Volatilité

Le cours du Bitcoin, la plus célèbre des crypto-monnaies, est extrêmement volatile. En 2017, le prix d’un bitcoin a fluctué entre 1000 et 20 000 dollars, avant de s’établir aujourd’hui à un cours d’environ 7000 dollars. Les gains potentiels sont donc attractifs pour des joueurs qui ont par ailleurs le choix entre de nombreuses plateformes de trading, souvent très accessibles et faciles d’utilisation. Par ailleurs, Internet regorge d’exemples de success-stories liées aux crypto-monnaies qui ont tendance à occulter les échecs pourtant bien plus fréquents.

Ces échecs ont généré de nombreuses désillusions et prises de conscience auxquelles s’efforcent de répondre plusieurs établissements de santé. La clinique de Castle Craig, en Ecosse a ainsi annoncé le 28 mai dernier qu’elle allait désormais intégrer à son programme de lutte contre la dépendance aux jeux une composante dédiée aux crypto-monnaies. Déjà spécialisée dans la lutte contre les addictions, l’institution alerte dans un communiqué sur le fait que le trading de crypto-monnaies peut être « enthousiasmant mais également addictif et, comme l’addiction aux jeux, financièrement désastreux ».

Détecter l’addiction

Les crypto-monnaies peuvent donc entraîner les mêmes effets néfastes que, par exemple, le trading compulsif sur les marchés boursiers ou les jeux d’argent. Mais il n’est pas toujours évident de différencier les comportements raisonnables d’investisseurs avisés de ceux de joueurs compulsifs.

Afin de savoir si son addiction aux crypto-monnaies est réelle, un « joueur » peut se poser dix questions, définies par Castle Craig et reprises par Business Insider. S’il répond positivement à au moins cinq d’entre elles, alors la clinique estime qu’il s’agit d’une addiction pathologique et que le « joueur » doit suivre une thérapie. Voici quelques-unes de ces questions : est-ce que je dépense de grosses sommes en crypto-monnaie ? Est-ce que mon habitude de trading de crypto-monnaie a eu un effet sur mes relations sociales ou mon travail ?nEst-ce que je deviens agité ou irritable si j’essaie de réduire mon temps d’écran lié à la crypto-monnaie ? Il est toutefois rare que des « joueurs » entament une thérapie avant que leur addiction n’ait eu des conséquences sociales ou financières sérieuses.

Traitement

Dans un entretien accordé à Vice, Chris Burn, thérapeute spécialisé dans le traitement de l’addiction au jeu à Castle Craig, explique qu’il est rare de trouver des personnes dépendantes uniquement aux crypto-monnaies. Généralement, cette tendance, bien que croissante, s’accompagne d’une addiction plus générale au jeu, avec des symptômes semblables : la recherche de sensation, l’isolement progressif, l’anxiété, pouvant parfois aller jusqu’au suicide. Le traitement peut donc, lui aussi, être similaire.

Outre une introspection qui peut être longue et douloureuse, les joueurs compulsifs doivent suivre une thérapie comportementale, qui les invite par diverses méthodes à se questionner sur eux-mêmes et leur rapport au monde. Des thérapies avec des animaux, des séances de discussions, un encadrement psychologique étroits sont autant d’outils pour aider le « joueur » à retrouver une vie saine. L’objectif est d’abandonner ses anciennes habitudes, ce qui peut également nécessiter des gestes forts pour le « joueur », comme le fait de confier sa carte de crédit à un proche ou de réduire son accès à un ordinateur.

Selon Chris Burn, il faut briser l’aura de mystère et de magie qui flotte autour des crypto-monnaies. Il s’agit également d’objets au fort pouvoir d’accoutumance, qu’il faut être capable d’appréhender sous un angle médical.