En avril 2018, le service de VTC (voiture de transport avec chauffeur) Lyft a annoncé un plan pour rendre le bilan global de ses émissions carbone nul, grâce à l’achat massif de crédits carbone auprès de l’entreprise 3Degrees. Son principal concurrent, Uber, n’a pour sa part rien déclaré à ce sujet. Mais il y a deux mois, l’entreprise nord-américaine a racheté un service de vélos en libre-service et s’attaque désormais au service des transports écologiques européens.

Stratégie globale

Uber souhaite devenir un fournisseur de mobilité complet, ce qui suscite plusieurs interrogations. L’objectif de Dara Khosrowshahi, le patron d’Uber, est en effet de permettre à ses clients de trouver sur l’application le moyen le plus aisé ou économique de réaliser tous types de trajets urbains, « que ce soit en Uber, en vélo, en métro ou autre ». Après les voitures, le leader mondial du VTC (ou ride-hailing) a donc compris l’intérêt de se positionner sur le marché en forte croissance des vélos partagés.

L’achat pour près de 200 millions de dollars en avril 2018 de l’entreprise de vélos en libre-service Jump, est donc en accord avec cette stratégie. Désormais, les utilisateurs de l’application Uber pourront réserver un vélo Jump directement sur leur téléphone, à la place ou en complément d’une course VTC. Ces vélos, qui ne sont pas rattachés à des bornes, sont déjà disponibles dans plusieurs villes américaines et devraient arriver à Berlin d’ici la fin de l’été, tout comme un service de ride-hailing complètement électrique, selon Reuters. D’autres villes européennes seront par la suite également équipées en vélos Uber, a précisé le 6 juin, Dara Khosrowshahi.

Virage écologique ?

Uber se positionne donc sur le marché européen dans l’optique de déployer cette stratégie globale. Il ne s’agit pas, note The Globalistde greenwasher l’entreprise, dont le service est plus polluant que, par exemple, les transports en commun. Cependant, pour des raisons économiques et afin de s’adapter à des clients jeunes et urbains plus soucieux des problématiques écologiques, l’entreprise californienne se tourne aujourd’hui vers les transports « propres ».

La création d’Uber Green, actif en France depuis 2016 – qui permet aux utilisateurs de choisir un véhicule hybride ou électrique pour leur trajet -, est la preuve de cette volonté de séduire par l’écologie. L’entreprise, avant d’être bannie de Londres, avait également promis de n’utiliser plus que des véhicules hybrides ou électriques dans la capitale britannique d’ici 2020, comme l’expliquait The Guardian.

De nombreux obstacles

Mais la stratégie de l’entreprise fait aujourd’hui face à de multiples obstacles. En Europe de l’Ouest, les transports en communs sont encore largement publics, aisément accessibles et les réseaux suffisamment denses pour limiter la percée d’Uber. Par ailleurs, de nombreuses métropoles imposent des régulations strictes limitant les possibilités d’Uber. Certaines, à l’image de Londres, ont même banni le service de ride-hailing de leurs murs.

Concernant les transports écologiques en eux-mêmes, certains freins existent également. Les vélos en libre-service, notamment, posent des problèmes sur la voirie, ce qui suscite l’ire des mairies et habitants des villes. Par ailleurs, la concurrence est rude. The Verge, analysant le lancement des vélos en libre-service d’Uber en Allemagne, rappelle que, rien qu’à Berlin, il existe déjà huit entreprises proposant le même service.

Uber part donc à l’assaut des transports écologiques européens pour des raisons stratégiques. L’entreprise espère devenir un fournisseur de mobilité global, ce qui passe aujourd’hui par les vélos en libre-service, les transports publics et les véhicules électriques. Mais de nombreux obstacles, de nature légale, concurrentielle et financière existent encore.

Auteur : Côme Allard de Grandmaison