Face à une pénurie de cadavres, les médecins qui enseignent leur science développent des applications pour apprendre à leurs étudiants à disséquer des corps virtuels. Une immersion dans le corps humain qui devrait permettre d’apprendre les bases, avant de se confronter au réel.

En immersion dans le corps humain

Pour apprendre l’anatomie humaine aux étudiants en médecine, même si c’est un peu glauque, rien ne vaut la dissection de cadavres. Mais dans un contexte de pénurie, ceux-ci ne sont pas toujours « disponibles », et coûtent chers à se procurer. Pour résoudre ce problème, l’idée d’utiliser des cadavres virtuels est développée par de nombreux scientifiques, dans le monde entier.

En 2014, des chercheurs de l’Immersive Digital Experience Nexus de l’Université du Michigan ont recréé un corps humain en 3D, dans les moindres détails. Ce cadavre virtuel flotte, comme un hologramme, et il est possible de faire des coupes très précises, de tourner le corps ou d’enlever ses muscles et sa peau pour visualiser le squelette, en un clic de joystick, comme dans un jeu vidéo. Afin de mener à bien cette dissection virtuelle, les étudiants portent alors des lunettes 3D, et la salle où ils observent le modèle 3S est équipée de caméras de suivi de mouvement afin que le système s’adaptent aux gestes de l’utilisateur. Dans Popular Mechanics, le neuroscientifique Alexandre DaSilva s’enthousiasme : « C’est incroyable ! En quelques secondes, nous sommes totalement immergés dans le corps humain ».

En mai 2018, à la Faculté de Médecine de Montpellier, des chirurgiens du Laboratoire d’Anatomie, en partenariat avec Artec 3D et la société d’évaluation médicale IMA Solutions, ont développé un système similaire, mais en ayant recours, en prime, à des scanners 3D… pour « scanner » de vrais cadavres. L’application de dissection 3D proposée devrait également pouvoir s’utiliser avec des joysticks et des lunettes, en temps réel, selon The Verge. Hautement précise, encore plus que celle de l’Université du Michigan puisqu’elle repose sur des corps morts réels, elle comporte deux modes : « l’entraînement », à libre disposition des étudiants, et « l’examen », pour les enseignants.

Apprendre « les bases » de la dissection en virtuel

Les cadavres virtuels conçus par les chirurgiens de Montpellier sont composés de huit « couches », allant de la peau aux artères, jusqu’aux muscles, qu’il est possible d’explorer dans les moindres détails. Pour le chef de l’équipe de chercheurs, Guillaume Captier, un cadavre virtuel permettra, très prochainement, d’enseigner aux étudiants en médecine « les bases de la dissection », et « une fois qu’ils auront acquis plus d’expérience, ils pourront passer à la réalité », en se confrontant à de vrais cadavres.

L’application de la Fac de Médecine de Montpellier reste encore à peaufiner, mais dans le mode pratique, l’utilisateur pourra « sélectionner une partie de l’anatomie, recevoir des informations sur la meilleure façon de disséquer cette zone et ensuite tenter de le faire ». En mode examen, l’étudiant devra répondre à des questions, et « montrer sa capacité à disséquer », avant de pouvoir le faire avec de vrais corps.

Auteur : Fabien Soyez