En mars 2017, le scandale Cambridge Analytica pousse Mark Zuckerberg à présenter publiquement ses excuses. La société spécialisée dans l’analyse de données aurait – grâce aux données ayant « fuitées » de Facebook – créé un outil permettant de cibler les électeurs lors de la campagne de Trump. Plus que jamais, Facebook est accusé de toutes parts d’un monopole déjà bien enraciné. Faudrait-il le démanteler ? 

Une puissance effrayante

Jamais dans l’histoire de Facebook, Mark Zuckerberg n’avait été autant critiqué et mis sous pression politique. Tout a commencé lorsque le lanceur d’alerte Christopher Wylie a dévoilé que la Cambridge America, qui a participé à la campagne présidentielle de Donald Trump, avait eu accès aux données personnelles de millions d’utilisateurs Facebook. La taupe ? Un quiz qui permettait à l’entreprise de récupérer non seulement les informations de la personne interrogée, mais aussi celles de tous de ses amis, sans le consentement des utilisateurs.

Peu de temps après le scandale Cambridge Analytica, les représentants de Facebook avouaient également « collaborer » avec plusieurs marques, dont Huawei. Entre protection des données personnelles défaillante, propagation de fake news, et monopole de l’information : le réseau social est accusé de manipulation à grande échelle. « Facebook décide quelles news vont voir des milliards de personnes à travers le monde chaque jour. Il achète ses concurrents potentiels pour protéger son monopole, nous suit presque partout où nous allons sur le Web et dans le monde réel. Il utilise ces données pour nous rendre accros, nous et nos enfants, à ses services », affirment les organisateurs de la pétition Freedom from Facebook.

Comment Zuckerberg se justifie-t-il ? Il rappelle – en substance – qu’en moyenne, « une personne utilise huit différentes applications pour communiquer et rester connectée ». Ce qu’il oublie de préciser, c’est qu’avec Facebook, Facebook Messenger, Instagram et WhatsApp, la société qu’il a créée en détient la moitié. C’est justement cette « puissance effrayante » que craint le groupe Freedom from Facebook.

Se libérer de Facebook !

Avec cette pétition en ligne, les défenseurs de la confidentialité des données digitales ont donc lancé une campagne visant à demander au réseau social de rompre cette situation de monopole et de se scinder en quatre entités fonctionnant indépendamment (Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger). Sur sa plateforme, l’organisation réclame également à Facebook de créer « de fortes règles de confidentialité qui donnent du pouvoir aux utilisateurs et les protègent ». L’objectif : « rendre Facebook plus sûr pour notre démocratie ».

Si le Center for Digital Democracy reste persuadé que l’affaire Cambridge Analytica « va totalement changer la manière dont nous réglementons l’économie numérique », répondre aux exigences des Freedom from Facebook et des utilisateurs va prendre du temps. Mais ces derniers temps, ils ont reçu un soutien inattendu en la personne d’Emmanuel Macron.

Un problème de concurrence

Le président français Emmanuel Macron serait-il clairvoyant lorsqu’il évoque le possible avenir de Facebook auprès de Wired ? En effet, c’est un démantèlement pur et simple qu’il suggère pour lutter contre le monopole des GAFA, c’est à dire une procédure de séparation des activités de ces entreprises. « À un moment donné, votre gouvernement, votre peuple, pourrait dire: « Réveillez-vous. Ils sont trop gros. » Pas seulement trop gros pour échouer, mais trop gros pour être gouverné. Ce qui est nouveau. Donc, à ce stade, vous pouvez choisir de démanteler. C’est ce qui s’est passé au tout début du secteur pétrolier lorsque vous avez eu ces grands géants. C’est un problème de concurrence. »

Une proposition contre le monopole de Facebook et des autres GAFA que la directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) Christine Lagarde réfute dans une interview accordée au Monde. « Démanteler des bases de données, je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure façon d’optimiser la concurrence. » Elle reconnaît le problème posé par la libre concurrence mais insiste pour que l’on utilise plutôt les outils politiques déjà existants. « Il faut donc trouver des mécanismes juridiques, budgétaires, fiscaux, structurels, qui permettent de rétablir les règles de la concurrence. »

Quant à Zuckerberg, quand le 10 avril dernier un sénateur nord-américain lui a demandé si Facebook était un monopole, il lui a répondu d’une voix calme : « je n’ai pas cette impression. » Avant d’ajouter n’être pas hostile à une régulation du secteur, comme l’Union européenne s’apprêtait à le faire à ce moment-là avec le fameux RGPD.

Auteure : Laura Boudoux