En octobre 2017, la cheffe de l’exécutif de la région administrative spéciale de Hongkong Carrie Lam a prononcé un discours visant à faire de Hong-Kong un « hub international pour l’innovation et la technologie ». Elle a notamment promis un effort financier accru en faveur de la recherche et du développement, et la création d’infrastructures porteuses et d’un système de bourses pour attirer les meilleurs doctorants. L’Intelligence Artificielle (IA) étant aujourd’hui à la fois l’objectif et la clé de nombreux programmes d’innovation, Hong-Kong a nécessairement pris le sujet à coeur.

Des indicateurs contraires

En septembre 2017, le Asian Business Council classait pourtant Hong-Kong à la sixième place du Asian Index of Artificial Intelligence. Ce classement mesure à la fois le niveau de préparation et de compatibilité de l’économie avec l’IA, et la capacité de résilience de la société et de l’économie aux progrès de l’IA dans chaque pays. Sur les huit pays asiatiques étudiés, la Chine se classait première, devançant notamment Singapour, l’Inde et Hong-Kong. L’île compte en effet relativement peu de start-ups se concentrant sur l’IA ou d’étudiants au sein de formations universitaires d’excellence dans les domaines de la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.

En revanche, il est important de noter que les universités de la région administrative spéciale sont très actives dans la publication d’articles universitaires portant sur l’IA. L’île se classe ainsi à la troisième place des pays les plus actifs sur le sujet derrière les Etats-Unis et Singapour. En outre, l’économie hongkongaise, tertiaire à 92%, est structurée de telle manière que le développement de l’IA lui serait bénéfique, même en termes d’emploi, selon le rapport du Asian Business Council.

Un tissu économique propice

Sur le papier, Hong-Kong n’est donc pas encore le leader mondial, ni même asiatique, de l’IA. Cependant l’exécutif a déjà mis en place des financements et mesures incitatives depuis la publication du classement du Asian Business Council. Un rapport du Medef explique que le gouvernement a notamment lancé fin 2017 un fond d’investissement doté de 1 milliard de dollars hongkongais pour financer des projets de R&D, de transferts de technologies et d’Open innovation. Par ailleurs, de nombreux incubateurs spécialisés dans l’IA et le machine-learning se sont implantés sur l’île, à l’image de Zeroth.ai, le premier incubateur en IA d’Asie et avec Singapour, Hong Kong est extrêmement bien perçue en tant qu’accélérateur de start-ups. https://www.cnbc.com/2018/04/10/singapore-and-hong-kong-are-winning-over-start-up-accelerators.html

En outre, la nature de l’économie hongkongaise, très orientée vers la finance, semble propice à stimuler les acteurs de l’IA. Elle pourrait en effet faire franchir un nouveau pallier aux banques et entreprises financières, selon Martin Haring, directeur marketing de Finastra. Il considère que l’IA pourrait notamment s’avérer décisive dans la lutte contre la fraude et le blanchiment, l’automatisation de procédures et l’amélioration de l’expérience client.

Quelques acteurs modèles

Le secteur de l’IA bénéficie donc d’un environnement favorable à Hong-Kong mais les acteurs du secteur ne se limitent pas à la finance, et de nombreux acteurs mondiaux de la IA sont solidement implantés à Hong-Kong. Tout d’abord, depuis 2017, l’entreprise SenseTime est devenue l’une des quelques licornes (avec une capitalisation boursière supérieure à 1 milliard de dollars) de Hong-Kong. Spécialisée dans l’IA (deep-learning et vision numérique), elle pourrait faire office de fer de lance du secteur sur l’île, comme l’explique le site Technode. Ensuite, le géant chinois Huawei a installé un laboratoire de recherche en IA à Hong Kong en 2012 : le Huawei Noah’s Ark Lab. De même, en novembre 2016, Ulyces avait réalisé un entretien avec le co-fondateur et PDG de Sentient Technologies, Antoine Blondeau. Cette entreprise – en partie basée à Hong Kong – est souvent présentée comme la plus vaste plateforme d’intelligence artificielle au monde. À l’époque, ils écrivaient que les gens de Sentient « totalisent 143 millions de dollars d’investissement. Il s’agit de la plus importante levée de fonds réalisée par une société privée dans le domaine de l’IA. » De plus, impossible d’oublier Sophia de Hanson Robotics, ce robot humanoïde ultra-réaliste et considéré comme le robot le plus semblable à un humain jamais conçu à ce jour. Toutes ces entreprises ont révolutionné par leurs technologies inspirées et inspirantes l’intelligence artificielle.

Peut-on aller jusqu’à dire que Hong-Kong est devenu la capitale de l’IA ? Peut-être. Car en dépit de son classement officiel en demi-teinte dans le secteur de l’intelligence artificielle, le contexte politico-économique, la présence de ces nombreuses entreprises aussi puissantes qu’innovantes et une prise de conscience accrue des efforts à venir, pourraient bel et bien faire de Hong-Kong un des hubs mondiaux de l’IA.

Auteur : Côme Allard de Grandmaison