L’Europe serait-elle en train de rattraper les États-Unis en matière de conquête spatiale ? Avec un budget stabilisé et des missions ambitieuses, l’Agence spatiale européenne (ESA) semble réduire l’écart entre elle et la NASA.

Une institution qui a les pieds sur Terre

Avec ses 22 États membres, ses 50 ans d’expérience et ses 8 centres en Europe, l’ESA est bien installée dans le paysage de la recherche et de la technologie spatiales. Sur son site, l’organisation affichement clairement son objectif : « En apprendre davantage sur la Terre (…) et sur l’Univers pour mettre au point des technologies et services satellitaires et promouvoir les industries européennes ». Mais si son but est d’impulser un réel effort européen, cela ne va pas de pair avec une compétition directe avec la NASA. « L’ESA travaille en étroite collaboration avec des organisations spatiales hors d’Europe, de manière à ce que les bienfaits de l’espace profitent à l’humanité entière », peut-on ainsi lire sur le site de l’agence.

Un budget pas si astronomique

Si l’ESA ne concurrence pas directement la NASA, c’est notamment parce que leurs budgets annuels n’ont rien de comparable. Certes, l’agence européenne est parvenue à stabiliser son budget, mais il reste plus de trois fois inférieur à celui de l’Américaine. En 2018, l’ESA dispose ainsi de 5,6 milliards d’euros, quand la NASA possède 19,1 milliards de Dollars dans son portefeuille.

Chacun sa conquête de l’espace

Alors que la NASA envisage d’envoyer un premier astronaute sur Mars dès 2030, l’ESA se concentre sur des missions moins spectaculaires, mais tout aussi importantes. « Quand l’ESA sélectionne une mission, elle essaye toujours de tenir compte de ce qui a déjà été fait par les autres -c’est à dire les Américains- avec pour but de compléter ou d’harmoniser les connaissances », explique ainsi l’astrophysicien du Centre national d’études spatiales (Cnes) Francis Rocard à l’Express.

Pour Pierre Drossart, directeur de recherche au CNRS et du Laboratoire d’études spatiales et d’instrumentation en astrophysique (LESIA), il serait « injuste » de dire que l’ESA est en retard sur la NASA. « L’Europe compense avec des missions phares dans des niches, ce qui n’est pas du tout péjoratif. Les missions Gaïa ou Rosetta sont d’immenses succès et la Nasa n’a rien fait d’équivalent », assure-t-il. En janvier dernier, alors qu’il exposait les nouvelles missions de l’ESA à la presse, Jan Worner, le directeur général de l’agence, précisait par exemple que la précision du système de localisation européen surpassait celle du GPS américain.

La guerre des étoiles continue

Si la course aux découvertes n’est pas ouvertement déclarée, l’ESA a de plus en plus de chances d’égaler la NASA. L’agence américaine a beau remuer ciel et terre, elle semble cette année être en difficulté. Entre les coupes de budgets, les missions avortées et celles qui prennent beaucoup plus de temps que prévu, le blason de la NASA n’est plus si doré. Alors que l’ESA affiche des missions de plus en plus ambitieuses, 2018 apporte son lot de déceptions à la NASA : défaillance d’un moteur sur la sonde Juno qui la pousse à prolonger sa mission de 3 ans, budget réduit d’environ 172 millions d’euros par rapport à 2016, et programme Europa Lander et ARM (Asteroid redirect Mission), lancés par Obama, tout simplement annulés.

À force de viser la lune, la NASA pourrait bien se brûler les ailes.

Auteure : Laura Boudoux