En 2016 la série de science-fiction britannique Black Mirror mettait en scène, dans le sixième épisode de sa troisième saison, des abeilles-robots ayant remplacé leurs équivalents biologiques. Rapidement, série dystopique oblige, celles-ci se transformaient en robots tueurs… Nous sommes encore loin d’un tel scénario. Cependant, face à la disparition accélérée de nombreuses espèces d’abeilles, de plus en plus de chercheurs et d’entreprises envisagent effectivement de développer des drones miniatures pour remplacer les abeilles.

La disparition des abeilles

En février 2017, un rapport du Center for Biological Diversity alertait sur le fait que sur les 1400 espèces d’abeilles américaines étudiées, 700 d’entre elles voyaient leur population décliner. Deux ans plus tôt, l’Organisation des Nations Unies (ONU) alertait déjà sur la disparition progressive des abeilles en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, comme le rapportait The Guardian. Les causes de cette extinction sont nombreuses : insecticides, multiplication des prédateurs et des maladies, pollution, disparition des habitats naturels et changement climatique.

Le tragique de cette situation ne réside pas seulement dans la disparition d’une espèce d’insecte. Les abeilles jouent un rôle crucial pour la biodiversité et la pérennité de l’agriculture. Le rapport de 2015 de l’ONU expliquait qu’elles étaient directement responsables, grâce à la pollinisation, de 5 à 8 % de la production agricole mondiale en volume. Par ailleurs, les abeilles améliorent la qualité d’environ 75 % des principales cultures de fruits, légumes et céréales, toujours selon l’ONU.

Robotisation    

La pollinisation est donc essentielle à l’humanité. De nombreuses entreprises produisant ou distribuant des produits agricoles l’ont compris, comme le géant américain Walmart, qui développe son propre modèle d’abeilles-robots autonomes. L’entreprise a déposé en mars 2018 un brevet relatif au développement de drones capables d’aller butiner du pollen sur une plante et de le déposer sur une autre.

Fin mai 2018, l’entreprise Dropcopter a pour sa part franchi le cap de la théorie et a pollinisé pour la première fois un verger par drone. Le site Futurism explique que le drone, dirigé par un technicien, s’est déplacé au-dessus des arbres avec une cargaison de pollen qu’il a ainsi répandue. Le cauchemar de Greenpeace semble donc en passe de se matérialiser.

Autonome

Au Japon, une équipe de l’Institut de sciences industrielles avancées de Tsukuba a poussé plus loin encore la volonté de remplacer les abeilles. Le journal Les Echos indique que leur projet repose sur l’utilisation d’un gel particulier, le « gel ionique liquide », qui permet de collecter du pollen des parties mâles et de le déposer sur les parties femelles des plantes. Durant la phase d’expérimentation les drones ont toutefois été piloté par des humains. Mais le responsable du projet, le professeur Eijiro Miyako, a indiqué qu’en utilisant l’intelligence artificiel et un GPS il était envisageable de rendre ces drones parfaitement autonomes.

Des chercheurs d’Harvard se sont justement penchés sur ce deuxième aspect : l’autonomie des abeilles-drones. Le Wyss Institute, rattaché à la prestigieuse université américaine, travaille en effet depuis 2009 sur les RoboBees (voir photo ci-dessus). Ces robots autonomes font la taille d’un demi-trombone et pèsent moins de 80 milligrammes. Capables de voler et de se poser partout, ils ne disposent toutefois pas de batterie et le projet est donc encore en développement. Toutefois les chercheurs en charge de ces robots assurent qu’ils seront à même d’effectuer des missions de pollinisation d’ici 10 à 15 ans.

Les laboratoires sont donc encore loin de créer des abeilles-drones aussi efficaces et autonomes que les « vrais » insectes. Les projets sont pour l’instant inaboutis et coûteux. Mais cette réalité pourrait rapidement voir le jour, tant les enjeux environnementaux, humains et économiques sont importants.

Auteur : Côme Allard de Grandmaison