Auteure : Laura Boudoux

Lorsqu’on les voit décoller, aussi légers que l’atmosphère elle-même et traversant la galaxie plus vite que la lumière, on se dit que les vaisseaux spatiaux de science-fiction sont quand même beaucoup plus cool qu’une fusée Ariane. On se dit aussi qu’il y a forcément une raison qui explique que la NASA ne se lance pas dans la construction d’une réplique du Faucon Millenium pour aller sillonner l’espace. Finalement, qu’ont-ils de vraiment réaliste, ces vaisseaux venus de galaxies lointaines, très lointaines ?

Des vaisseaux incompatibles avec la réalité

En avril 1961, alors que la fiction a déjà envoyé dans l’atmosphère quelques engins au design incroyable, c’est le vaisseau russe Vostok qui est utilisé pour effectuer le premier vol habité dans l’espace. On est loin, très loin de Star Wars, 2001, L’odyssée de l’espace, ou encore Star Trek. Aujourd’hui, seule une partie de la galaxie nous est accessible, aucun vaisseau ne dépasse la vitesse de la lumière et les conditions de vie en voyage spatial ne sont pas aussi optimales que celles de Matthew McConaughey dans Interstellar.

Quand certains réalisateurs se sont penchés sur la question de la science et des technologies spatiales, d’autres ont juste réinventé un cosmos dans lequel tout est possible, ce qui explique la conception de vaisseaux incompatibles avec la réalité. Par exemple, George Lucas ne cache pas qu’il souhaitait pour la saga Star Wars des vaisseaux « dans lesquels on rentre aussi facilement que dans une voiture, et qui se conduisent de la même manière », comme le rapporte le site américain Mashable.

Pas de place pour le superflu

Pour qu’un vaisseau spatial soit facile à manipuler, il se doit d’être léger et le plus épuré possible. Pourquoi l’intérieur molletonné et douillet du célèbre USS Enterprise de Star Trek est-il trop beau pour être vrai ? À cause des tapis qui recouvrent son sol, affirme l’ingénieur en systèmes astronautiques Bobak Ferdowsi à Mashable. « Si vous regardez les vaisseaux spatiaux aujourd’hui, vous trouverez une esthétique épurée », précise-t-il. Cela n’a aucun lien avec un manque de goût en matière de décoration, mais avec un phénomène physique simple : plus l’équipement est lourd, plus il faudra dépenser d’énergie (et donc de carburant) pour soulever cette masse. On privilégie alors les petits espaces et les sols dénués de tout ornement.

Ainsi, jugé plutôt réaliste par les experts, le vaisseau d’Interstellar a tout de même un défaut majeur : celui d’offrir à son équipage des espaces bien trop grands, pas crédibles dans l’univers du voyage spatial, déclare en substance Bruno Jardin, interrogé par Konbini. « La fusée qui envoie la navette devrait être beaucoup moins spacieuse. En tous cas, dans les premières capsules que les Américains ont envoyées, les gars devaient rentrer avec un chausse-pied », compare-t-il.

Les fioritures n’ont pas non plus leur place dans le cockpit. Les dizaines d’ordinateurs et leurs signaux lumineux incessants qu’on observe dans certains vaisseaux de fiction sont ainsi un « choix terrible », d’après l’ingénieur irano-américain Bobak Ferdowsi. Pour ne pas que l’équipage passe à côté d’un avertissement important, ou ne perde le fil de la navigation, un système qui s’éteint totalement et laisse les voyageurs dans le noir semble beaucoup plus adapté. « Ainsi, si une lumière clignotante a besoin de votre attention, vous la repérez instantanément », analyse-t-il.

Concernant la couleur du vaisseau du capitaine Kirk dans Star Trek, il semblerait que le réalisateur de la saga ait vu juste, même si l’idéal serait un extérieur qui puisse passer du blanc au noir. Le fait qu’il ne soit que d’une seule et même couleur permet d’éviter une catastrophe si une partie du vaisseau est plus exposée qu’une autre à la chaleur. Par ailleurs, le fait qu’il soit blanc permet d’éviter d’accumuler trop de chaleur lorsque le vaisseau se situe près d’une étoile, tout en utilisant la surface de réflexion comme une propulsion « naturelle ».

L’intérieur de l’USS Enterprise

Mayday mayday ! We have a problem

Et le moteur dans tout ça ? La question fait débat, puisque si Bobak Ferdowsi applaudit l’ingéniosité du système de l’USS Entreprise, le chercheur en physique Bruno Coutinho, lui, juge qu’il « n’y a aucune chance pour qu’il fonctionne ». Le moteur est en effet connecté par des tubes au reste du vaisseau, un système qui permet certes de protéger l’équipage des chambres de cristal de « dilithium », mais ils ne résisteraient pas à une forte pression d’après Bruno Coutinho, interrogé par le Huffington Post.

S’il ne devait y avoir qu’un vaisseau dans lequel monter pour rejoindre Jupiter, c’est pour sa part dans le Discovery One que le chercheur en astrophysique John McCarthy monterait. L’engin imaginé par Stanley Kubrick possède en effet un moteur nucléaire placé à l’arrière de l’appareil, pour bénéficier d’une « forte poussée », tout en protégeant l’équipage des radiations. Le commandant et son équipe sont en effet installés bien à l’abri, à l’avant, dans une zone sphérique afin de « maximiser le volume pressurisé avec un minimum de poids », analyse le chercheur.

Son ingéniosité ne tient pas seulement au génie du réalisateur, ni à celui d’ Arthur C. Clarke, l’auteur du roman qui a inspiré 2001, L’odyssée de l’espace. Pour écrire le scénario du long-métrage, tous les deux ont en effet été aidés par un ancien ingénieur de la NASA, qui les a conseillés tout au long de la conception du vaisseau mythique.

Quant au moteur ionique des Tie Interceptor, ils permettraient certainement aux stormtroopers de Star Wars d’être envoyés dans l’espace, mais pas de s’y promener, et encore moins d’effectuer leurs habiles manœuvres. Car s’il ne consomme pas énormément de carburant, il n’offre qu’une accélération très faible, comme le souligne Griffin Jourda, qui se décrit lui-même comme un « geek de l’espace et de l’histoire » sur le site de questions-réponses Quora.

Crédits : starwars.com

Un vaisseau en débris d’astéroïde

Le Red Dwarf de la série éponyme pourrait quant à lui inspirer une nouvelle génération de vaisseaux. Le véhicule de la série des années 1990 est en effet en partie construit grâce à un astéroïde. Une technique que défend Bobak Ferdowsi : « Les astéroïdes sont pleins de ressources, on peut les creuser, c’est très pratique et en plus ils sont déjà dans l’espace. »

L’Agence spatiale européenne (ESA) semble elle aussi croire en l’utilisation des astéroïdes pour les voyages dans l’espace. Depuis avril dernier, elle soutient en effet le projet de construction de l’ « Evolving Asteroid Starship », un vaisseau évolutif construit à l’intérieur d’un astéroïde.

Une esthétique sous-marine

Il existe également une tradition dans la science-fiction : celle de transformer les sous-marins en vaisseaux spatiaux. Pour Bobak Ferdowsi, il y a une logique à cela, qui vante par exemple aérodynamisme du Serenity présent dans Firefly, ou la longueur du cadre du Galactica, qui amortit les chocs. L’idéal pour quitter l’atmosphère selon le spécialiste reste « d’être le plus petit possible, pour économiser du carburant, puis, pour y rentrer, d’être aussi grand et large que possible ». Cela permet en effet de ralentir la course du vaisseau et d’assurer à son équipage un atterrissage tout en douceur.

Mais comme la fiction — et plus encore la science-fiction — permet tout, ces vaisseaux sont finalement réalistes si l’on considère que ses héros sont capables de créer des champs de force, de contrôler la gravité, de dépasser la vitesse de la lumière, de voyager dans le temps à travers des trous de ver, ou encore de compter sur des guerriers Wookiee aussi bons co-pilotes que Chewbacca.