Le réchauffement climatique est principalement imputable à la hausse des émissions de dioxyde de carbone (CO2), elles-mêmes liées à des émissions anthropiques, liées au transport ou naturelles. Bien que leur réduction soit à l’ordre du jour, beaucoup crient à l’utopie face à l’ampleur de la tâche. En revanche, plusieurs initiatives s’attaquent à l’effet de serre en cherchant des moyens de recycler les émissions de CO2.

Une alternative au stockage

Pour les pays décidés à limiter leur empreinte carbone, plusieurs solutions existent depuis des années. La solution de facilité consiste à acheter des « droits à polluer » à des pays générant moins d’émission de gaz, afin de compenser financièrement un mauvais bilan carbone. Une autre solution, qui requiert des moyens importants et reste donc l’apanage de certains pays riches, est le stockage des émissions de dioxyde de carbone dans des poches souterraines. Toutefois, en plus d’être très coûteux, ce procédé est peu efficace : jusqu’à 75 % du gaz stocké tend à s’échapper par des fissures.

En Islande, une alternative plus durable a vu le jour. Le site Consoglobe rapporte ainsi que plutôt que d’enterrer à grand prix et sans garantie le carbone, des chercheurs de l’université Columbia ont réussi à transformer 95% des émissions de CO2 d’une centrale géothermique en minéraux solide (voir photo ci-dessus). Pour cela, ils ont injecté le gaz à 500 mètres de profondeur dans du basalte, une roche très présente en Islande. Là, les émissions de gaz se mélangent à de l’eau et, en moins de deux ans, se solidifient jusqu’à devenir une substance crayeuse. Ce projet, dénommé « CarbFix », ne vise donc pas à recycler les émissions carbone, mais parvient à en limiter l’impact de manière durable. Sa réussite, cependant, ne semble pas transposable à grande échelle.

Recycler pour mieux polluer ?

Une start-up israélienne, NewCO2Fuel semble pour sa part avoir trouvé une solution pour recycler les émissions carbone tout en palliant à la raréfaction des hydrocarbures. Le site SiliconWadi explique que le Professeur Jacob Karni aurait trouvé, dès 2005, le moyen de transformer le dioxyde de carbone rejeté par les industries en pétrole en utilisant simplement de l’eau et l’énergie solaire. Son idée peut être résumée ainsi :  le CO2 récupéré à l’aide de filtres est passé avec de l’eau dans une membrane chauffée à très haute température, ce qui génère un gaz synthétique composé de dihydrogène et de dioxyde de carbone. Ce gaz peut ensuite être transformé en hydrocarbures ou servir à produire de l’électricité. Reste que le carburant produit génèrera à son tour du CO2.

Crédits : NewCO2Fuel/YouTube

D’autres initiatives visent à recycler les émissions carbone, c’est-à-dire à les capturer puis les transformer de manière à limiter les rejets de gaz à effet de serre. Le site Ars Technica en recense une dizaine d’entre elles, finalistes du Carbon XPrize qui récompense les meilleurs d’entre elles.

L’énergie vraiment propre

L’initiative la plus notable vient des États-Unis, où des chercheurs parviennent à dissocier émission de CO2 et effet de serre. Toujours selon ArsTechnica, l’entreprise NET Power a construit une centrale au Texas capable de générer de l’électricité propre à partir de rejets de CO2. Issu de la combustion de gaz naturel, le dioxyde de carbone utilisé puis généré n’est rejeté dans l’atmosphère à aucun moment. En effet, une fois l’électricité produite les restes de CO2 sont collectés afin d’être revendus, notamment à des entreprises du secteur pétrolier. Ce procédé produit donc du carbone, mais ne génère pas d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui peut en faire une technologie de transition intéressante.

Les émissions carbone, aujourd’hui inévitables, ne doivent donc plus être perçues uniquement comme des contraintes. Certaines entreprises y voient une matière première à partir de laquelle produire notamment de l’énergie. Ainsi, leur recyclage est peut-être une des pistes les plus sérieuses pour poursuivre la transition énergétique.

Auteur : Côme Allard de Grandmaison