Alexa n’a pas le droit à l’erreur ! Arrivé en France le 13 juin dernier, l’assistant vocal signé Amazon a dû apprendre toutes les subtilités de la langue française avant d’être lancé sur cet exigent marché. Humour, accents en tous genres, programmes télé et intonations ironiques : comment Alexa s’est-elle mise au français ?

Un dictionnaire d’accent

Alors qu’Alexa parle déjà anglais, allemand et japonais, il a fallu qu’elle apprenne le français. Et la tâche a été ardue. Plus musicale que l’anglais et comportant plus de transitions invisibles, notre langue devait être parfaitement parlée par Alexa, mais surtout parfaitement comprise. Si elle s’est d’abord nourrie de programmes d’apprentissage, cela était loin d’être suffisant. « Une fois le vocabulaire assimilé, il faut comprendre comment les gens vont parler à un objet. Là, ça devient un peu plus complexe », explique ainsi à Wired Alex Rudnicky, expert en reconnaissance vocale à l’Université Carnegie Mellon.

La solution ? Faire se rencontrer Alexa et les Français ! Amazon a d’abord organisé des rencontres entre son assistant vocal et ses employés, avant de le faire tester à ses clients.

Des intérêts franchouillards

Une fois Alexa distribuées aux quatre coins de la France, les bêta-testeurs étaient libres de lui demander ce qu’ils voulaient. Pas de thèmes imposés, ni de questions écrites, mais plutôt des injonctions lancées à tire-larigot, comme on le fait dans la vraie vie. Mis à part les questions existentielles sur le repas du soir et la meilleure recette de quiche lorraine, Alexa a eu droit à beaucoup de questions concernant le programme télé. C’est donc grâce aux Marseillais, Creusois et autres Bretons qu’Amazon a pris la décision de s’associer à Télé-Loisirs, pour qu’Alexa puisse enfin nous dire si ce soir, c’est « Les Experts », ou plutôt « Capital ».

Enfin, l’équipe d’Amazon a remarqué le grand intérêt des Français pour « savoir quand tombent les vacances ». « Comme elles diffèrent en fonction de l’endroit où l’on vit, il a fallu apprendre à Alexa à faire la distinction », explique Nicolas Maynard, le manager France d’Alexa.

Anglicismes et bad pronunciation 

Mis à part les nombreux accents des différentes régions de France, Alexa a dû s’habituer à la prononciation des Français immigrés. Accents indien, marocain, espagnol ou malien : elle a appris au contact des gens. « Plutôt que de se lancer dans le processus de modélisation de chaque accent et de ses variables, Amazon a défini les paramètres d’Alexa de manière à ce qu’elle comprenne les voix, du Mans à Marseille », explique ainsi Rohit Prasad, le chef scientifique IA d’Alexa. À cela, se sont ensuite ajoutés tous les anglicismes, du type « week-end », ou « parking », ainsi que les noms d’artistes anglophones, prononcés à la française évidemment. « Il y a eu de nombreux essais et beaucoup d’erreurs avec les bêta-testeurs », rapporte Wired.

On se tutoie ?

Alexa est un robot poli, qui n’utilise que le vouvoiement. Mais elle a appris à faire la distinction entre le « tu » et le « vous », et entre les différentes manières de poser une question, de la plus familière à la plus distinguée. « Le plus délicat, c’est de comprendre exactement comment les gens évoquent un concept. Ensuite, il faut comprendre ce qu’ils font et de quelle manière ils accomplissent leurs tâches selon leur culture », explique Alex Rudnicky.

« On ne peut pas juste prendre tout ce que l’on a aux États-Unis, le traduire, et s’attendre à ce que cela fonctionne en France », confirme Nicolas Maynard.

Alexa, une Américaine so frenchy

En bonne expat’ qui se respecte et souhaite s’intégrer à son nouveau pays, Alexa s’est aussi intéressée aux hobbys des Français. Non seulement pour mieux leur répondre, mais aussi pour développer sa propre personnalité. Ainsi, elle connaît les Fables de La Fontaine, soutient la France pendant la Coupe du Monde, et a même un livre et un chanteur préférés – choisis pour plaire aux Français bien sûr ! Quant à sa voix, « elle a été choisie pour sa personnalité pétillante, et son accent complètement neutre », analyse Wired.

Si Amazon s’est donné du mal pour créer la citoyenne française parfaite, la firme « s’attend à être surprise ». « C’est un programme informatique très complexe. Il y a toujours quelque chose qu’on n’avait pas prévu, et forcément, les gens le remarquent », anticipe ainsi Alex Rudnicky.

Auteure : Laura Boudoux