Adieu Spielberg, Coppola, Godard et autre Kawase, bonjour robots intelligents ! Le temps des tournages aux quatre coins du monde, de la post-production et de l’acting est-il révolu ? En seulement 48 heures, Benjamin, une intelligence artificielle, a entièrement réalisé un film. Loin de mériter une nomination aux Oscars, cette vidéo ovni pourrait révolutionner le monde de l’entertainment.

« Mention spéciale » du jury

C’est dans le cadre du SCI-FI-LONDON 48 Hour Challenge qu’a été réalisé « Zone Out » au début du mois de mai 2018. Ce concours organisé chaque année propose aux participants « d’écrire, tourner, monter et produire un film de 5 minutes en 48 heures seulement ». Entièrement conçu par une intelligence artificielle auto-nommée Benjamin, « Zone Out » n’a pas fait partie des finalistes, mais a tout de même reçu, avec dix autres courts-métrages, la mention spéciale du jury.

Face-swap et générateur de voix

La technologie face-swap ne sert plus qu’à faire rire les copains sur Snapchat. C’est avec cet outil et un générateur de voix que Benjamin a réalisé son premier film. Oscar Sharp, le créateur de Benjamin, a d’abord réuni des extraits de films appartenant au domaine public, avant de laisser Benjamin les sélectionner, puis échanger les visages présents avec ceux de ses deux acteurs et insérer des voix robotisées. « J’ai essayé d’automatiser chaque partie du processus créatif humain », explique le « réalisateur du réalisateur » au site Wired.

Un scénario inspiré des années 80-90

Le script original de « Zone Out » aussi est signé Benjamin. Ross Goodwin, un chercheur spécialisé dans l’IA, l’a nourri avec une douzaine de scénarios déjà existants, de films de science-fiction des années 80 et 90. Grâce à un algorithme LSTM (long short-term memory, soit mémoire à court terme en français) sur une chaîne de Markov, Benjamin a passé au crible ces textes, analysant notamment de quelle manière les mots s’enchaînaient, lui permettant ainsi de prévoir des paragraphes entiers de scénario. « Au fil du temps, Benjamin a appris à imiter la structure d’un scénario, produisant des directions scéniques et des lignes de caractères bien formatées », explique ainsi la journaliste du site Ars Technica, Annalee Newitz.


Crédits : Ars Technica/YouTube

Loin du chef d’œuvre

Si « Zone Out » est impressionnant de technologie, il ne l’est toutefois pas en matière cinématographique. Le résultat donne un court-métrage décousu, dont les dialogues sans sens véritable sont prononcés par des silhouettes aux visages parfois flous et déformés. Malgré tout, le résultat est impressionnant et pose la question de savoir s’il sera toujours possible, dans un avenir proche, de différencier réalité et fiction. La permutation des visages s’améliore de jour en jour et en 2017, Barack Obama prononçait même un discours entièrement truqué. Des chercheurs de l’Université de Washington avaient ainsi numérisé la bouche de l’ancien président et, à l’aide de fichiers audios de ses déclarations, avaient calqué cette bouche recréée en images de synthèse sur une ancienne vidéo.

« Remplacés par des ordinateurs »

Elisabeth Gray, l’une des actrices « dirigées » par Benjamin dans « Zone Out », voit cette avancée technologique d’un bon œil. « Si ça rate, j’aurai du travail pour le restant des mes jours. Et si ça fonctionne, je n’aurai plus de travail en tant qu’actrice, mais au moins j’aurais été là au moment où l’on a réalisé que nous allions être remplacés par des ordinateurs », estime-t-elle ainsi avec philosophie.

Auteure : Laura Boudoux