Depuis un an, Airbus cartographie le ciel grâce à une armée de drones, de satellites et d’avions. Une technologie utile dans une optique industrielle, mais aussi pour aider à reconstruire des zones sinistrées.

Airbus ne fabrique pas que des avions. Il conçoit également des drones, pour nous transporter en ville hors des embouteillages, pour inspecter ses appareils… et aussi pour prendre des photos, depuis le ciel.

Tout commence en mai 2017. Le constructeur aéronautique français lance alors une société, basée aux Etats-Unis, plus précisément à Atlanta, destinée à fournir des « services de drones commerciaux » : Airbus Aerial. Cette startup, présentée à Dallas lors du salon mondial des drones AUVSI Xponential, a pour mission le développement de services d’imagerie en « fusionnant des drones, des images satellites et des logiciels pour apporter des informations plus approfondies aux clients », et leur faire gagner du temps et de la précision.

Plus précisément, l’idée est d’exploiter les données et les photographies prises par des drones (comme le Zephyr, un appareil qui vole à 70 000 pieds), des satellites d’observation (dont Airbus est le plus grand opérateur mondial), mais aussi des avions de haute altitude, en les réunissant dans une « infrastructure logicielle commune », dans le « cloud ».

Les applications industrielles et commerciales visées par Airbus Aerial sont alors l’agriculture, l’industrie du gaz et du pétrole, le secteur des assurances, les services publics, ou encore les administrations locales et nationales. Afin de fournir ses services centrés sur « les données à grande échelle » (Big Data), Airbus réunit alors des constructeurs d’aéronefs, des sociétés spécialisées dans l’analyse de données, ainsi que des prestataires de services.

Une « nouvelle vision du monde »

Comme le notent alors Les Echos, « l’ambition d’Airbus est aussi de participer à tous les développements potentiels qui se concrétiseront dès que les drones civils entreront réellement dans notre quotidien, car le groupe est certain qu’ils deviendront à terme un outil banal de la vie civile. Ne serait-ce que pour contribuer à la surveillance des catastrophes naturelles, de l’agriculture ou à l’échange de données et d’images. » Le quotidien ne manque pas de préciser que selon l’institut américain Teal Group, la production de drones commerciaux devrait exploser d’ici 2025, pour représenter une valeur de 10,9 milliards de dollars dans le monde (contre 2,6 milliards en 2016).

Un an plus tard, Airbus Aerial semble avoir trouvé ses clients. Au point que Wired parle d’une « nouvelle vision du monde » apportée par ce système qui mêle satellites, avions et drones. Cette technologie changera-t-elle notre façon de voir le ciel ? La startup basée à Atlanta fournit désormais des photos prises de très haut aux agriculteurs, mais aussi aux urbanistes et aux ingénieurs « qui ont besoin d’une vision particulière du monde ».

En plus des images prises par les satellites d’observation de la Terre d’Airbus Defense & Space, Airbus Aerial collecte donc des données via des avions habités et des drones, qui permettent d’atteindre des endroits « que les autres ne peuvent pas atteindre ». En 2017, après le passage de l’ouragan Harvey à Houston, puis après les incendies de forêts dévastateurs en Californie, la jeune filiale d’Airbus a par exemple fourni des photos prises via son système multimodal aux compagnies d’assurance, afin de les aider à analyser des quartiers entiers (à la recherche de maisons détruites), et à répondre plus vite aux demandes d’indemnisations. A noter que la précision des images prises par des drones permet de zoomer sur les maisons, afin de détecter de nombreux détails, quand les images satellites permettent de déterminer l’ampleur des dégâts via un « avant/après ».

 

Plus d’humains sur le tarmac

Selon Wired, en un an, Airbus Aerial a également, déjà, fourni des images « macro et micro » prises par ses satellites d’observation Pleiades et SPOT, ainsi que par ses avions et ses drones (conduits par son partenaire DroneBase, un réseau international de pilotes de drones professionnels), à plusieurs clients qui voulaient vérifier l’état de voies ferrées très éloignées, ainsi que d’oléoducs et de gazoducs.

L’entreprise a également expérimenté la cartographie des pistes de l’aéroport d’Atlanta – le plus fréquenté au monde – à l’aide de drones autonomes de moyenne altitude, sous forme de cartes en 3D et en relief, combinées à des données GPS. Objectif : aider les responsables de l’aéroport à repérer si des débris susceptibles d’endommager un avion, et à inspecter les balises lumineuses et la signalisation, sans avoir à faire intervenir (autant que possible) d’humains sur le tarmac, et donc à interrompre de vols.

Cap sur l’Asie (et les zones « sujettes aux catastrophes »)

Les projets d’Airbus Aerial ne manquent pas. La compagnie, qui vient de s’étendre en Asie en ouvrant un bureau à Singapour (après Atlanta et Munich), proche des marchés australiens, indiens, japonais ou chinois, compte bien utiliser ses drones dans un but plus « tech for good » – principalement en aidant à cartographier des zones touchées par des catastrophes naturelles, afin d’apporter des données précieuses lors d’une potentielle phase de reconstruction.

« Au cours de sa première année d’exploitation, Airbus Aerial a joué un rôle essentiel aux États-Unis, aidant plusieurs grandes compagnies d’assurance à évaluer les dommages et à traiter les demandes d’indemnisation plus rapidement que jamais auparavant », explique la startup sur son site. L’équipe de Airbus Aerial à Singapour compte ainsi « recueillir des informations pour fournir des secours et une aide à la reconstruction dans les régions sujettes aux catastrophes ».

A noter que les ambitions d’Airbus Aerial pour changer notre façon de regarder le ciel ne s’arrêtent pas là, et que la jeune entreprise compte bien aussi, « dans les prochaines années », offrir des services de « drones cargos » – probablement pour livrer des colis, et pourquoi pas des médicaments ou du sang aux hôpitaux isolés des pays en voie de développement, comme le fait déjà Zipline International au Rwanda.