À la recherche de la mystérieuse neuvième planète du Système solaire, les astronomes placent tous leurs espoirs dans l’environnement d’un objet céleste à la trajectoire « anormale» : 2015 BP519.

« Planet Nine »

Et si le Système solaire avait bien neuf planètes ? Depuis la redéfinition par l’Union astronomique internationale (UAI) de la notion de planète en 2006, Pluton est ainsi considérée comme une « planète naine ». Un corps sphérique en orbite autour du Soleil, qui n’a pas « nettoyé » son voisinage de tout objet susceptible de s’y trouver, car trop petit. Tout retour en arrière, vers une nouvelle nomenclature, semble impossible. Alors pourquoi les chercheurs s’emballent-ils depuis 2016, et encore plus récemment, en annonçant l’existence potentielle d’une « Planet Nine », le 14 mai dernier ?

La chasse à la planète fantôme

La neuvième planète du Système solaire – si elle existe, car elle n’a pas encore été formellement détectée – aurait une masse environ dix fois supérieure à celle de la Terre, et serait sur une orbite vingt fois plus éloignée que celle de Neptune. Pour arriver à cette idée, il faut remonter à 2016. Il y a deux ans, deux planétologues de l’Institut de technologie de Californie (Caltech) émettent l’hypothèse, à partir de modèles mathématiques, selon laquelle la « Planet Nine » mettrait 10.000 à 20.000 ans pour effectuer une orbite complète autour du Soleil.

Quelques mois après cette théorie de l’existence d’une neuvième planète, Jacques Laskar, directeur de recherche au CNRS à l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE), publie une estimation des positions possibles de cette planète. Pour cela, il se base sur les données de la sonde Cassini, qui permettent de constater des anomalies d’orbites autour des planètes les plus lointaines.

La zone de recherches ayant ainsi été resserrée, la chasse à la « planète fantôme » s’ouvre alors. Après deux ans d’une longue traque, une équipe de chercheurs internationaux (américains, britanniques, français, brésiliens, espagnols, suisses, sud-africains et chiliens) annonce avoir étudié un objet céleste, nom de code « 2015 BP519 », dont la trajectoire pourrait bien correspondre à celle de l’hypothétique Neuvième Planète. Il s’agirait probablement, selon les scientifiques, d’une planète naine, dont l’orbite « anormale » (inclinée à 54° par rapport au plan du Système solaire) ne pourrait être provoquée que par la présence d’une planète quatre fois plus grande que la Terre.

« Ce n’est pas la preuve que la Planète 9 existe »

De fait, elle a été détectée pour la première fois en 2014 dans le cadre du « Dark Energy Survey » – un programme international de recherche d’indices sur l’existence de « l’énergie noire » (en cartographiant des centaines de millions de galaxies). La fameuse 2015 BP519 se situe dans l’une des zones les plus reculées du Système solaire, dans la ceinture de Kuiper, au-delà de l’orbite de Neptune.

Evidemment, il ne s’agit encore que d’hypothèses. Certains astronomes restent sceptiques et arguent même que l’orbite inhabituel de cet objet transneptunien extrême (OTNE) pourrait être dû à la présence et à l’influence d’objets massifs (environ 10.000 planètes naines) lors de la formation du Système solaire.

« Ce n’est pas la preuve que la Neuvième Planète existe », reconnaît David Gerdes, chercheur à l’université du Michigan et co-auteur de l’étude, auprès de Quanta Magazine. « Mais je dirais que la présence d’un tel objet dans notre Système solaire soutient l’hypothèse de la Neuvième Planète », ajoute-t-il, optimiste.

L’existence d’une Neuvième Planète reste donc encore à prouver… et cette dernière à trouver, tout simplement. Ce qui risque d’être particulièrement difficile : celle-ci se situe probablement à 30 milliards de kilomètres de la Terre, selon les chercheurs. Une sonde spatiale ne pourrait ainsi la survoler, à minima, qu’autour de l’année 2085. Planète Neuf ou pas, une seule certitude : quelque chose « agit » sur l’orbite de 2015 BP519.

Auteur : Fabien Soyez

Crédits : David Gerdes/Twitter