Alimenter ses opérations avec des énergies 100 % renouvelables : voilà l’objectif de Facebook pour 2020. Géant du Web, mais aussi de la consommation d’énergie électrique, l’entreprise fait tout de même figure de modèle dans sa volonté de devenir plus écolo. Voilà comment Facebook compte se mettre au vert tout en maintenant sa croissance.

Prise de conscience

Le 28 août 2018, Facebook annonçait officiellement sur son blog son objectif de puiser à 100 % dans les énergies renouvelables pour ses opérations d’ici 2020. En parallèle, l’entreprise tech promettait aussi de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 75 %, en prenant 2017 comme année de référence. Comme le rappelle la société sur son site Sustainability, « un million de personnes utilisait le réseau social en 2004; Aujourd’hui, plus de deux milliards de personnes à travers le monde utilisent nos applis et nos services« . D’où la nécessité absolue de prendre des mesures pour réduire son empreinte.

En 2017, le bilan carbone de Facebook était comparable à celui de 100 000 foyers américains. Un chiffre considérable, alors que le géant bleu avait déjà mis en place sa politique de réduction des émissions. Dès 2015, Facebook s’engageait en effet à soutenir 50 % de ses installations grâce aux énergies renouvelables avant la fin 2018. Un objectif atteint avec succès, et même dépassé.

Une prise de conscience et des actions concrètes indispensables qui ont valu à la boîte de Mark Zuckerberg les félicitions de Greenpeace. « Facebook a été la première société internet à revendiquer le fait de vouloir utiliser des énergies 100 % renouvelables et continue de jouer un rôle de leader dans le secteur« , a ainsi estimé l’organisation dans un rapport publié en 2017. D’après Greenpeace, la maison « affiche une transparence élevée » quand à sa volonté de devenir plus verte.

Des data centers écolos

Champions dans la catégorie des énergivores, les Data Centers, sont ces bâtiments souvent immenses, sorte de grands hangars, où sont stockées et traitées les données informatiques. Pour bon nombre de sociétés lancées dans la transition énergétique, ils représentent le premier élément à faire évoluer. Chez Facebook, en 2017, deux tiers de l’empreinte carbone était causée par le fonctionnement des data centers. Ils doivent en effet être sans cesse alimentés en électricité, d’abord pour assurer leur bon fonctionnement, mais aussi pour être refroidis, puisque leurs installations produisent énormément de chaleur. Les plus gros centres peuvent ainsi consommer 100 MW en moyenne, soit l’équivalent de la consommation d’électricité d’environ 80 000 foyers aux États-Unis, soulignait Greenpeace en 2011.

Pour commencer à se mettre au vert, Facebook s’est attelé à la rénovation de son data center de Prineville, en Oregon. Le but de la manœuvre ? « Révolutionner la conception du centre, pour maximiser l’efficacité et la fiabilité« . Car si Mark Zuckerberg veut être un acteur green de la tech, il n’est pas question pour autant de mettre en jeu la croissance exponentielle de sa machine.

Crédits : Prineville Data Center

Pour obtenir des data centers moins polluants, mais toujours aussi productifs, Facebook les a donc entièrement remodeler, « depuis les serveurs, jusqu’aux systèmes de refroidissement« . Cela passe notamment par la création de salles dans lesquelles les flux d’air froid et chaud sont distribués de manière à ne pas se rencontrer, afin de les confiner au mieux. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) utilisent également le free-cooling, c’est-à-dire l’air froid venant naturellement de l’extérieur. Le recours à la climatisation artificielle est alors moins nécessaire. Un relooking des centres qui a permis Facebook de gagner 38% d’efficacité énergétique, tout en utilisant 80 % moins d’eau par rapport à un modèle traditionnel.

Du vent et du soleil

Plus de charbon pour faire tourner ses centres. L’énergie dont ont besoin les data centers est désormais essentiellement produite par des éoliennes et des panneaux solaires. En 2016, Facebook ouvrait au Texas un centre uniquement alimenté par un champ d’éolienne, pour un coût total de 500 millions de dollars. Sur son site « Sustainability« , Facebook se vante aujourd’hui de posséder les data centers « les plus avancés, et les plus économes en énergie et en eau du monde« . Bien déterminé à être précurseur dans le domaine des énergies renouvelables, la société enfile même le costume de professeur, et partage publiquement son travail et ses avancées en la matière. Crée en 2011 Open Compute, pour « améliorer efficacité du secteur tout entier« , l’organisation réunit aujourd’hui plus de 200 entreprises. Parmi elles : HP, Microsoft, Intel ou encore Apple. Leur but est de concevoir et de diffuser des solutions efficaces, évolutives, et peu impactantes pour de nouvelles générations d’infrastructures de calcul et de stockage.

Travail d’équipe

Sur « Sustainability », Facebook explique également avoir une approche adaptée à chacun de ses marchés quant à la mise en place de sa politique d’énergie verte. En Europe, l’entreprise a ainsi passé un contrat avec « le fournisseur d’énergie éolienne le plus important« . En Iowa, ou au Nebraska, elle a travaillé avec les services publics pour créer de nouveaux projets d’énergie éolienne « de manière à ce que tous les usagers du service public puissent en bénéficier« . Enfin, Facebook affirme avoir redynamiser le marché de la construction solaire dans le sud-est des États-Unis.

La localisation de ses futurs data centers, dépend donc désormais entièrement de la viabilité du développement des énergies vertes. « L’accès aux énergies renouvelables rentables est l’un des principaux facteurs utilisés pour sélectionner les emplacements de nos centres« , confirme ainsi Facebook. Pas de potentialité responsable et durable : pas de data center !

Cela passe notamment par une collaboration étroite avec tous les acteurs locaux dont dépend l’installation des dispositifs liés aux énergétiques renouvelables. « Nous travaillons avec d’autres sociétés, des développeurs d’énergies renouvelables et les services publics afin de concevoir des solutions optimales sur les différents sites où nous exerçons nos activités« , assure ainsi Facebook. De cette manière, de nouveaux tarifs sont négociés, dont bénéficient l’entreprise, mais aussi les autres sociétés locales. La finalité est de créer un cercle vertueux, et de faire grandir le marché des énergies propres.

« C’est aussi pour cela que nous avons rejoint la Renewable Energy Buyers Alliance, une coalition qui s’efforce d’identifier et de supprimer les obstacles à l’achat d’énergie propre, ainsi que RE100, une initiative collaborative réunissant plus de 100 entreprises influentes, engagées dans l’électricité 100 % renouvelable« , ajoute Facebook.

Sous la forêt, des bureaux

Ses bureaux aussi, Facebook les voit en vert. Matériaux durables, absence de produits chimiques, réduction des déchets, programmes de covoiturage et partenariats avec les communautés vivant autour de leurs lieux d’implantation : l’entreprise a mis en place des « normes de développement durable globales« . L’entreprise est notamment très fière de son siège, installé depuis 2011 sur l’ancien campus de Sun Microsystems à Menlo Park, en Californie. « Le toit de 36 421 m² abrite des centaines d’arbres, dont des chênes matures, qui fournissent un habitat aux oiseaux migrateurs« , s’enorgueillit ainsi Facebook, ajoutant qu’il fournit une isolation qui leur permet également d’éliminer « une partie du besoin de chauffage et de climatisation« .

Une démarche éthique lucrative

Si sa transition énergétique est bien amorcée, Facebook se faisait épingler par Greenpeace il n’y a encore pas si longtemps. Dans une vidéo parodique, retraçant « l’histoire de Mark Zuckerberg, d’un sympathique géant bleu et du vieux charbon sale », publié en 2011, l’association dénonçait ainsi son importante consommation de charbon.

Une campagne qui a fonctionné, puisque la même année, l’entreprise ouvrait en Suède son premier data center alimenté exclusivement par de l’hydroélectricité. La suite de l’histoire, on la connaît, et si l’on ne doute pas de l’impact de la vidéo de Greenpeace, on se dit que Facebook a certainement trouvé une autre motivation à investir autant de moyens et d’argent dans l’énergie verte… financière peut-être ?

La société a en effet su voir sur le long terme et être clairvoyante sur les économies engrangées par ces énergies propres. En 2015 déjà, l’entreprise annonçait que ces évolutions en matière de consommation énergétique lui avait permis d’économiser plus de deux milliards d’euros en 3 ans. Une affaire rondement menée.

Qui sera le plus green ?

Facebook est à présent souvent cité en exemple pour sa transition écologique réussie, mais ses rivaux ne sont pas en reste. L’enjeu pour les GAFA est bien sûr de prendre le train en marche, pour ne pas devenir obsolète, mais aussi de conserver une image de marque attractive, en accord avec leur époque. Tourner le débat vers sa politique énergétique a ainsi permis à Facebook d’étouffer l’affaire Cambridge Analytica et les controverses autour de la protection des données des utilisateurs qui s’en sont suivies.

Pour rester dans le coup, Samsung, Google, Apple ou encore Amazon se passionnent donc eux aussi pour le green IT et tentent de réduire l’impact de leurs activités. A grand renfort d’énergie solaire et éolienne, ils se lancent dans la course effrénée à la réduction de leur empreinte carbone. Juge de ces acteurs et des efforts qu’ils mettent en place, Greenpeace estime dans son rapport de 2017 que Google « améliore son déploiement en énergies renouvelables dans de nouveaux marchés, mais qu’il a encore beaucoup à améliorer en termes de transparence« . Pour l’association, le grand gagnant de cette chevauchée reste Apple, qu’elle considère comme « l’un des plus agressifs du secteur dans ses efforts à alimenter sa propre plateforme en ligne grâce à des énergies renouvelables« .

Malgré les évolutions qu’ils apportent à leurs structures, les géants du Web sont voués à rester de gros pollueurs. Une étude menée en 2015 estime ainsi que les data centers utiliseront jusqu’à 13 % de l’électricité mondiale d’ici 2030. En 2011, ce pourcentage n’était « que » de 1 %.

Auteure : Laura Boudoux