Avec un gouvernement proactif et un peuple amoureux des nouvelles technologies, la Chine met actuellement le paquet dans le domaine de la VR. Au point de devenir bientôt, selon les experts, le leader du secteur.

Leader en approche

Les États-Unis dominent toujours les secteurs de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, mais la Chine connaît depuis 2013 une croissance explosive, qui pourrait bien lui permettre selon plusieurs études concordantes, de devenir le leader mondial en la matière d’ici 2022.

« Si l’on combine la Chine avec d’autres grands pays de la région, l’Asie pourrait générer environ la moitié du chiffre d’affaires mondial d’AR/VR dans cinq ans », selon le cabinet d’expertise Digi-Capital. Dans un rapport sur le sujet, la société de conseil avance notamment deux raisons : la Chine est une grande consommatrice de smartphones (elle a dépassé les États-Unis dans les ventes d’iPhone en 2015), et représente 40% du e-commerce mondial – un secteur voué à avoir un grand recours à la réalité augmentée et la réalité virtuelle.

Rénmín RibaoLe Quotidien du Peuple » en français), l’organe de presse officielle du Comité central du Parti communiste chinois, ne dit pas autre chose : selon un « groupe de réflexion pékinois », le marché de la VR devrait dépasser les 8,3 milliards de dollars d’ici 2020 dans l’ancien Empire du Milieu, soit environ 35% du total mondial. « La VR est utilisée dans un large éventail de domaines comme l’armée, l’aérospatiale, l’aéronautique, la fabrication d’équipement, la médecine, l’éducation, le tourisme, l’e-commerce » écrit le journal, qui précise également que le gouvernement « apporte une attention toute particulière à l’avancement technologique de la Chine » dans ce domaine, avec l’établissement en 2016 d’une « stratégie de développement axée sur l’innovation » en direction des chercheurs et des startups.

Crédits : Thierry Ehrmann

Un gouvernement proactif

Proactif dans tous les domaines qui concernent les nouvelles technologies, le gouvernement chinois met ainsi un point d’honneur à booster l’utilisation de la VR et de l’AR (sans les dissocier mais en les liant, dans un futur secteur baptisé « XR » ou « réalité étendue » dans tous les champs de l’économie. « La VR/AR est littéralement – et officiellement – traitée comme une priorité nationale » remarque Annika Steiber, PDG d’A.S. Management Insights, une entreprise de conseil en « innovation corporate » dans Forbes.

Le plan quinquennal lancé par le président Xi Jinping en 2016, inclut ainsi la réalité virtuelle comme un « relais de croissance économique » aux côtés de l’IA, et vise à créer tout un « écosystème industriel » mêlant acteurs publics et privés. Le gouvernement a ainsi impulsé la création de plusieurs laboratoires de recherche et développement. En outre, il poursuit un projet de construction de « villes VR », destinées à accueillir des entreprises spécialisées dans l’AR et la réalité virtuelle et à intégrer ces technologies dans tous les secteurs de la vie quotidienne : soins de santé, écoles, services publics, divertissement.

Avec un tel soutien – politique et surtout financier – de la part de l’État, des dizaines de startups chinoises, ainsi que les « BATX » (équivalent asiatique des « GAFAM » occidentaux), multiplient logiquement les projets liés à la VR et l’AR. Le fabricant de smartphones Xiaomi conçoit ainsi des casques VR les « Mi VR ». Le leader asiatique du commerce en ligne Alibaba développe un service de e-commerce en VR via un casque, le « Buy+ » qui permet de visualiser un produit sous tous les angles, dans un monde immersif. De son côté, le géant de l’Internet Tencent investit dans la création de films en réalité virtuelle et développe aussi ses propres casques.

« Les Chinois semblent être tombés amoureux de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée. Il y a déjà plus de 3000 arcades VR réparties à travers le pays » indique Annika Steiber. La « VR/AR Mania » est telle qu’un immense parc d’attractions en VR a ouvert récemment à Guiyang, capitale de la province de Guizhou : « l’Oriental Science Fiction Valley ». À noter aussi que la ville de Guangzhou a inauguré début 2018, un zoo en VR qui n’abrite aucun animal, mais qui propose à ses visiteurs d’en découvrir grâce à des casques.

« Les Chinois veulent aller vers le futur »

Paloma Bouteleux, entrepreneure et designer spécialisée dans la réalité étendue, revient tout juste de 8 ans passés à Shanghai, où était basée sa startup Mira Mira. « À partir du moment où l’AR/VR est une des priorités de développement, tout est facilité pour les entrepreneurs, notamment grâce à des fonds à l’innovation énormes » explique-t-elle.

Pour l’artiste, « il y a là-bas une vraie ébullition. Les Chinois partent de zéro après des années où tout était fermé pour eux. Ils veulent aller vers le futur et le progrès ne leur fait pas peur. Ils sont friands de nouvelles technologies et ils se lancent donc dans l’AR/VR exactement comme ils se lancent dans l’IA et d’autres technologies : sans se retourner. Alors qu’en Europe, nous en sommes encore à nous interroger sur les risques de la réalité virtuelle ».

Si les Chinois semblent davantage « prêts » que nous à utiliser la VR et l’AR au quotidien, c’est aussi parce qu’ils sont déjà « ultra-connectés », précise en substance Paloma. « Les Chinois passent aussi la majorité de leur temps sur leurs téléphones portables, pour tout faire : communiquer, faire des achats, prendre et partager des photos, etc.  Alors quand on leur propose de les utiliser pour augmenter le réel ou plonger dans un univers virtuel comme par exemple pour regarder un concert en VR tout en le commentant avec leur communauté, ils n’hésitent pas une seconde : c’est déjà implanté dans leurs habitudes » conclut-elle.

Auteur : Fabien Soyez