Le 13 septembre dernier, Apple dévoilait son iPhone X et sa capacité phare, le “FaceID”, système de reconnaissance faciale que l’utilisateur pourra choisir d’utiliser pour débloquer son smartphone ainsi que réaliser certaines actions comme des paiements. Émerveillement chez les fans, grandes suspicions chez les acteurs du milieu. En cause, les éventuelles dérives liées à l’utilisation de systèmes biométriques. Al Franken, le Sénateur du Minnesota, a même écrit une lettre à la firme de Tim Cook, où il s’interroge sur la fiabilité d’une telle technologie ainsi que de la potentielle utilisation de celles-ci par la marque à la pomme. Si Franken s’adresse ici à Apple, ces questions taraudent également la majorité des experts au sujet des marques proposant un système de reconnaissance faciale. À juste titre.

La reconnaissance faciale : une bombe à retardement ?

Le Docteur Joseph J. Atick est l’un des pionniers de la reconnaissance faciale. Dans les nineties, il a grandement contribué à la mise en place de cette technologie par le gouvernement américain pour identifier les criminels. Après les attentats du 11 septembre, il a pris le risque de faire la promotion de la biométrie pour repérer les terroristes, en appuyant son propos par la phrase : « Le terrorisme n’est pas sans-visage ». S’il expliquait en 2014 dans le New York Times avoir en son temps « sauvé des vies », il admettait également que cette technologie pourrait sonner le glas de l’intimité, en « dérobant l’anonymat de chacun ». Inquiet à l’idée d’avoir vanté les mérites d’une technologie potentiellement néfaste pour la population, il avançait également que « l’industrie doit contrôler et modérer cette technologie. Si elle ne se montre pas à la hauteur de ses responsabilités, il pourrait y avoir des conséquences inattendues. »

Et s’il était déjà trop tard ?

Le Dr Atick avait vu juste. La technologie commence à dériver. En février 2014, neufs avocats de la vie privée ont été invités par la National Telecommunication and Information Administration (NTIA) à débattre avec des entreprises concernant la mise en place d’un code de conduite garantissant un usage propre de la reconnaissance faciale. Parmi eux, l’Electronic Frontier Foundation (EFF), l’Union américaine pour les libertés civiles ou encore le Center for Democracy and Technology. Dans une lettre ouverte envoyée en 2015 à la NTIA, tous ont annoncé leur retrait. En cause, un bafouement des « principes de base » de l’intimité par les compagnies, qui refusaient de mettre au courant les citoyens qu’ils seraient surveillés et identifiés. Dans un communiqué à part, l’EFF annonce qu’aux États-Unis, des millions de « visages » circulent en secret entre des agences privées et des entités gouvernementales visant à renforcer les lois.

FaceID, nouveau joujou de surveillance de masse ?

Ainsi, l’arrivée du FaceID d’Apple n’a pas été accueillie avec un enthousiasme unanime. Si la firme garantit qu’elle ne stocke pas les données dans une banque externe, cela n’empêche pas Wired de douter. Le magazine rappelle que, malgré l’initiative de transparence d’Apple, elle n’est pas à l’abri des pressions gouvernementales. En 2016, le FBI avait déjà tenté de forcer la marque à la pomme de lui fournir les données biométriques de l’auteur de la fusillade de San Bernardino, Syed Rizwan Farook. Et pourrait bien recommencer.

Pendant ce temps-là, en Chine

Le gouvernement chinois ne cache pas son utilisation abusive de la reconnaissance faciale. Il l’utilise même pour humilier ses citoyens, comme le rapporte la Chine Nouvelle. Plusieurs villes du pays ont adopté un mode de punition bien spécifique pour les piétons traversant hors des clous. Ceux-ci sont automatiquement photographiés puis, moins de vingt minutes plus tard, « leur photo ainsi que des informations personnelles telles que leur numéro de carte d’identité et leur adresse s’affichent sur l’écran installé au carrefour ». Pour renforcer toujours plus l’aspect dystopique de cette technologie, Le Temple du Ciel, une des principales attractions touristiques de Pékin, l’utilise pour mettre fin au vol de papier-toilette. Pour en obtenir 60 à 70 centimètres, le visiteur doit passer son visage devant un scanner. Après quoi le distributeur ne donnera pas davantage de papier à cette personne avant neuf minutes, raconte le New York Times.