La neutralité du Net est l’un des fondements d’internet. Elle définit le principe selon lequel tout le monde doit avoir un accès garanti aux mêmes contenus sur Internet, quel que soit son fournisseur d’accès et sa localisation. Le 14 décembre dernier, la Federal Communications Commission (FCC) des États-Unis a décidé de l’abroger et de voter l’implantation de “forfaits” garantissant l’accès à tel ou tel service et pas à d’autres. Voici pourquoi c’est un désastre.

Des conséquences sur l’éducation

Le Los Angeles Times, qui s’insurge du projet de la FCC, pointe les conséquences néfastes liées à l’abrogation de la neutralité du net. Shant Sahakian, l’auteur de l’article et représentant du Glendale Unified School District, explique s’inquiéter au sujet de “comment cette abrogation pourrait impacter l’accès des étudiants aux sources d’informations et de savoir”. Ses 26 000 étudiants, majoritairement en provenance de milieux défavorisés, n’auront pas les moyens de s’offrir un forfait permettant un accès à la majorité des médias d’internet – vidéos, applications et contenu téléchargeable. “La fin de la neutralité du web pourrait créer une césure digitale pour les étudiants qui dépendent d’internet pour leurs devoirs, recherches et collaborations”, s’inquiète Sahakian.

Un internet à “deux vitesses”

Comme l’explique Libération, qui relaie l’inquiétude générale, la fin de la neutralité du web pourrait donner naissance à un internet à deux vitesses. Cela signifie que les opérateurs auront la possibilité de fournir, par exemple, « un débit plus rapide à un service de vidéos à la demande dont il est propriétaire, ou à celui qui aurait mis le plus d’argent sur la table » explique le quotidien. De quoi provoquer l’apparition d’offres d’abonnements sélectives, où l’internaute aura par exemple accès à Netflix et pas à Spotify s’il choisit tel forfait, et vice-versa.

La solution locale : créer son propre internet

L’idée soumise par Motherboard peut paraître folle. Mais elle part d’un constat simple : les américains ne peuvent plus faire confiance à leurs grands services de télécommunication. Il faudrait alors lancer la construction de structures internet décentralisées, abordables et propriétés de tous. C’est d’ailleurs déjà le cas, à Détroit, où l’Equitable Internet Initiative a entrepris la construction d’infrastructures appartenant la communauté et offrant un service Wi-Fi gratuit. D’autres centaines de villes ont fait de même, et certaines campagnes ont également installé des antennes au sommet des montagnes environnantes. Et cela, les grandes entreprises ne peuvent rien y faire.

Quels risques pour la France ?

Si en Europe, la neutralité du web est garantie par la loi, il faut tout de même rester sur ses gardes, avertit Le Monde à juste titre. Bien que Sebastien Soriano, le patron de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) affirme que les déboires américains « n’auront pas d’impact direct en Europe », les fournisseurs d’accès à internet (FAI) possèdent certains droits. Ils peuvent notamment, et à tout moment, bloquer des contenus pour “parer une attaque informatique, résoudre un encombrement exceptionnel de leurs réseaux, comme lors de la rupture d’un câble sous-marin, ou bien si la justice leur en donne l’ordre” fait savoir Le Monde. Bon, il ne s’agit bien sûr que de mesures d’urgence. “L’Internet français est plus neutre qu’ailleurs”, rassure Sébastien Soriano. Jusqu’ici tout va bien.