Il est sur toutes les lèvres depuis la victoire de Benoît Hamon aux primaires de la gauche : le revenu universel (ou revenu de base) pourrait faire prochainement son entrée dans la société française. Cette allocation serait allouée à tous les citoyens majeurs, inconditionnellement et sans obligation de travail. En bref, de l’argent gratuit donné à tout le monde. L’idée semble utopique, mais des expériences ont été effectuées dans le monde entier à différentes époques, et toutes se sont révélées fructueuses. Certaines ont lieu en ce moment même et ses plus ardents défenseurs se trouvent dans la Silicon Valley.

L’idée est née en 1516, dans Utopia de Thomas More

D’où vient le revenu universel ? Loin d’être une idée neuve, l’idée d’un revenu minimum accordé à tous sans conditions préalables a vu le jour sous une forme embryonnaire dans Utopia de Thomas More, en 1516. Le philosophe anglais alors installé aux Pays-Bas, carrefour de la pensée humaniste européenne, y dépeint une société idéale dans laquelle personne ne meurt de faim et où les villes s’entraident pour venir en aide aux plus pauvres. L’idée fait du chemin chez les penseurs humanistes et le livre de More rencontre un succès important en France, aux XVIIe et XVIIIe siècle. Le Monde raconte son histoire, de Thomas More à Michel Foucault.

Martin Luther King plaidait pour sa mise en place

Mais du XVIIIe siècle à Benoit Hamon, le concept de revenu universel n’a pas été aspiré par un vortex spatio-temporel, loin s’en faut. De nombreux penseurs ont repris le flambeau de More et Foucault, dont le plus emblématique n’est autre que Martin Luther King. Dans son dernier livre paru en 1967, Où allons-nous ? la dernière chance de la démocratie américaine, MLK défend l’idée d’un « revenu garanti » pour tous les Américains, qui serait capable d’éradiquer la pauvreté. Le magazine The Atlantic a consacré un article à sa vision.

Toutes les expériences passées ont été des réussites

Le revenu universel pourrait rester ad vitam aeternam une belle idée. Sauf que ce n’est pas le cas : des expériences concluantes ont été mises en place par le passé, notamment en Amérique du Nord. En 1974, un « minimum income » a été mis en place dans la province canadienne de Manitoba. Durant quatre ans, le projet a été une immense réussite, balayé sans égard pour ses conclusions après une élection. Même chose aux États-Unis en 1964, où la « guerre contre la pauvreté » de Lyndon Johnson a donné lieu à une expérience des plus réussies à Seattle. Six ans plus tard, Nixon proposait l’établissement d’un « revenu de base modeste » pour réformer la société. Sa proposition a été rejetée suite à une erreur grotesque dans l’interprétation des résultats de l’expérience de Seattle. Ces cas sont examinés en détail dans l’extrait du livre Utopia for Realists paru sur le site d’Ulyces.co : http://www.ulyces.co/rutger-bregman/tout-prouve-que-nous-devrions-donner-gratuitement-de-largent-a-tout-le-monde-2/

De nombreux pays le testent en ce moment-même

Il existe nombre d’autres exemples d’application du revenu de base, contemporaines cette fois. Depuis 1982, les citoyens de l’Alaska reçoivent chaque année un chèque dont ils bénéficient grâce à la rente pétrolière de l’État. Ce « dividende permanent » est passé au peigne fin dans la Revue de droit sanitaire et social.

Au Kenya, 6 000 personnes perçoivent un revenu de base depuis cet été, mis en place par l’association GiveDirectly. L’expérience va durer 10 ans et la revue économique d’Oxford rapporte que les effets positifs se font déjà sentir.

À compter de décembre dernier en Finlande, 2 000 personnes au chômage vont recevoir 560 € tous mois pendant deux ans, sans conditions ou restrictions. Le gouvernement finlandais espère que cette initiative participera à améliorer la qualité de vie des citoyens et à résorber le chômage. The Independent en a longuement parlé.

Le ministère de l’Économie indien a publié le 31 janvier dernier un rapport détaillé sur trois expériences de revenu de base menées dans le pays. Il semblerait que les choses se soient encore bien passées selon Forbes : http://www.forbes.com/sites/timworstall/2017/01/31/the-important-part-of-indias-economic-survey-universal-basic-income/#543c54234b84

L’idée est soutenue par les entrepreneurs de la Silicon Valley

Enfin, dans la Silicon Valley, l’idée est soutenue par certains des plus grands noms de l’industrie de la tech. Ils lui reconnaissent notamment deux qualités : tout d’abord, des individus qui n’ont plus à se soucier de manger à leur faim ou d’avoir un toit le mois suivant sont délestés d’un stress qui décuple leur créativité ; ensuite, l’automatisation galopante de la société va retirer leurs emplois à bien des gens – un revenu universel permettrait de palier à une évolution inéluctable de la société aux yeux du petit monde de l’innovation.

En mai 2016, l’incubateur technologique Y Combinator a annoncé qu’il avait choisi la ville d’Oakland, en Californie, pour tester une expérience de revenu universel auprès d’une centaine de personnes. Elles recevront entre 1 000 et 2 000 $ par mois pendant 6 mois à un an. Le Guardian a suivi l’affaire.