Si les jeux vidéo sont couramment utilisés par les soldats ou les chirurgiens pour mettre en place des stratégies ou mieux appréhender une opération délicate, ils représentent également un moyen d’entraînement sans précédent pour les intelligences artificielles en cours de développement. Otto, le camion autonome, a par exemple appris à conduire en jouant à Grand Theft Auto V – à une version modifiée du jeu d’où toute notion de violence a été enlevée. Ce dojo virtuel qu’est le jeu vidéo pourrait porter ses fruits, pour cinq bonnes raisons.

Jeux vidéo, monde réel, quelle différence ?

« Les graphismes des jeux vidéo sont devenus suffisamment réalistes pour entraîner les intelligences artificielles de la même manière que dans le monde réel. » Interrogé par Motherboard, Mark Schmidt, Professeur de sciences informatiques à l’université de Colombie-Britannique, au Canada, fait l’éloge de ce mode d’entraînement. Les jeux vidéo permettent aux chercheurs d’apprendre aux intelligences artificielles ce à quoi ressemble précisément le monde réel bien plus rapidement qu’avec des photos. De surcroît, l’IA apprendra seule. Elle n’aura pas besoin qu’on lui explique ce qu’elle est en train de visualiser.

Minecraft, terre d’entraînement des assistants personnels

Les jeux vidéo moins réalistes font aussi l’affaire. Dans une enquête sur ce nouveau mode d’apprentissage des intelligences artificielles, The Economist s’intéresse à un projet en particulier : le Project Malmo, qui souhaite mettre au point une IA capable de s’intégrer dans l’environnement humain pour en résoudre les problèmes. Pour ce faire, Katja Hofmann, en charge du projet, l’entraîne sur Minecraft, fameux jeu de survie où le joueur se retrouve seul sur une île et doit chasser et construire à partir de son environnement pour vivre le plus longtemps possible. Selon Hofmann, ce jeu, aux graphismes peu réalistes, est suffisamment complexe pour être pertinent. Par exemple, avec son équipe, ils l’ont utilisé pour apprendre à l’intelligence artificielle à aider un joueur humain à capturer un cochon fuyard. L’algorithme doit alors apprendre par lui-même la notion de coopération en regardant un humain jouer.

Deepmind, roi de l’Atari

Début 2017, Alpha Go, l’IA de Google Deepmind, détruisait un à un les meilleurs joueurs de go. Cette prouesse a sans doute été rendue possible grâce à un entraînement sans relâche sur un panel de 49 jeux Atari, auquel Wired s’intéressait en 2015. Le jeu le plus formateur était Breakout, casse-brique dérivé de Pong. Après avoir passé des nuits blanches à geeker, l’IA est devenue « meilleure que n’importe quel joueur humain car elle a parfaitement intégré les mécaniques du jeu », affirme Demis Hassabis, co-fondateur de Deepmind. En somme, s’il faut à l’humain plusieurs jours ne serait-ce que pour saisir l’intégralité du gameplay et réussir à passer au niveau suivant, l’intelligence artificielle ne met que quelques heures à devenir le meilleur joueur du monde, indique Cinema Blend.

Le meilleur moyen d’entraîner les réflexes

Début 2017, les chercheurs du MIT ont mis au point une intelligence artificielle expérimentale, accessoirement très forte au jeu Super Smash Bros. Melee. Ils ont ainsi développé un réseau neuronal artificiel capable de coordonner ses mouvements in game et d’interagir avec les différents objets qui se trouvent devant lui. Si, généralement, jouer contre l’ordinateur sert de défouloir pour les novices, l’IA du MIT a donné du fil à retordre aux meilleurs joueurs, en montrant toutefois certaines limites, notamment face à des gestes inopinés. Quoi qu’il en soit, elle représente un sparring-partner de choix, aux talents évolutifs.