Avant sa mort, Stephen Hawking a laissé un dernier avertissement à l’humanité : méfiez-vous de l’avènement des superhumains. Que voulait-il dire par là ?

Une version de cette story a été précédemment publiée dans Ulyces.co.

Stephen Hawking, décédé au printemps dernier à l’âge de 76 ans, était devenu un oracle de son vivant. Comme le rappelait sa fille Lucy au Musée des sciences de Londres le 15 octobre, « on lui posait souvent toutes sortes de questions ». Parfois les plus cruciales : Le voyage temporel est-il possible ? Devrions-nous coloniser l’espace ? Dieu existe-t-il ? Comment modelons-nous le futur ? Et le célèbre physicien s’est efforcé d’y répondre dans un ouvrage posthume justement intitulé Brèves réponses aux grandes questions.

Sa voix résonne donc toujours parmi nous. Mais elle n’est pas toujours des plus rassurantes. Stephen Hawking émet par exemple la possibilité que le génie génétique n’aboutisse à la création d’une espèce de « superhumains » et, à terme, à l’anéantissement du reste de l’humanité.

Les superhumains

« Nous entrons désormais dans une nouvelle phase que nous pourrions qualifier d’évolution modelée par les êtres humains, dans laquelle nous serons capable de modifier et d’améliorer notre ADN », écrit Stephen Hawking. « Nous possédons désormais les plans de l’ADN, ce qui signifie que nous avons lu le “livre de la vie” et que pouvons désormais y apporter nos corrections. »

Le physicien fait ici référence à des techniques telles que Crispr-Cas9, qui permet de supprimer et d’insérer des gènes à un endroit bien précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule. Découverte progressivement depuis 2002 par une communauté de chercheurs, cette technique a été peaufinée en 2012 et 2015 par Feng Zhang du Massachusetts Institute of Technology, Jennifer Doudna de l’université de Berkeley, et Emmanuelle Charpentier de l’Institut Max-Planck de Berlin.

C’est grâce à elle que le Great Ormond Street Hospital de Londres a guéri une petite fille atteinte de leucémie aiguë lymphoblastique. Aux États-Unis, ce cancer du sang est traité avec des cellules CAR-T (« cellules T porteuses d’un récepteur chimérique ») depuis l’année dernière. Les cellules T, c’est-à-dire des cellules immunologiques, sont prélevées sur le patient, puis modifiées génétiquement de manière à leur faire exprimer un récepteur artificiel qui cible les cellules cancéreuses, avant d’être réinjectées au patient.

En Chine, la technique Crispr-Cas9 a été utilisée dans le traitement du cancer pour la première fois en 2016. Le pays a également modifié des embryons humains porteurs d’un gène anormal entraînant une maladie du sang potentiellement mortelle, la bêta-thalassémie, avant de les détruire. Ce qui a suscité la polémique, et démontré que l’édition du génome avait le pouvoir d’impacter l’évolution de l’espèce humaine.

Pour Stephen Hawking, les modifications se limiteront d’abord aux « défauts génétiques » avant de devenir plus globales et complexes, et de toucher à notre apparence physique, ou encore à notre intelligence et à notre comportement. « Je suis sûr qu’au cours de ce siècle, les gens découvriront comment modifier à la fois l’intelligence et les instincts tels que l’agression », affirme le physicien. Et cette découverte rendra selon lui séduisante l’idée d’ « améliorer » les individus, malgré les terribles conséquences qu’il présage pour les « humains non-améliorés ».

« Des lois vont probablement être adoptées contre le génie génétique chez l’humain », ajoute Stephen Hawking. « Mais certaines personnes ne pourront pas résister à la tentation d’améliorer les caractéristiques humaines telles que la mémoire, la résistance aux maladies et la durée de la vie. » Ces personnes doivent bien évidemment se chercher du côté des plus riches et des plus puissants. Et plus particulièrement dans la Silicon Valley, où le génie génétique est loin d’être le seul outil à la disposition des Prométhée de ce siècle.

Faire advenir le futur

Le désir d’immortalité des pontes de la Silicon Valley est connu. Les créateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page, ont lancé une entreprise entièrement dédiée à la recherche sur le vieillissement et les maladies connexes, Calico. Pour sa part, la fondation médicale du créateur d’Oracle, Larry Ellison, a investi près de 400 millions de dollars dans la recherche sur la longévité. Quant à la nouvelle entreprise du biotechnologiste Craig Venter, son nom est on ne peut plus clair : Human Longevity.

Comme celui de la clinique du médecin Jesse Karmazin : Ambrosia, en référence à l’ambroisie, qui assure l’immortalité et la jeunesse, voire la beauté, aux dieux de la mythologie grecque. Située au bord d’une autoroute venteuse au niveau de la ville californienne de Monterey, cette clinique est entièrement dédiée à la lutte contre le vieillissement des êtres humains et se propose de le faire en injectant du plasma sanguin jeune dans le corps de personnes âgées.

Ce type d’opération coûterait 10 000 dollars, une bagatelle pour le fondateur de PayPal, Peter Thiel, qui a confié son intérêt au journaliste Jeff Bercovici, tout en précisant prudemment qu’il n’avait « pas encore tout à fait, tout à fait, tout à fait commencé ». « En gros, dans le futur idéal de Peter Thiel, l’élite de la Silicon Valley sera capable de s’offrir la vie éternelle grâce à la récolte du sang des masses de jeunes gens pauvres », résume néanmoins un autre journaliste.

Et si ni le génie génétique, ni le sang des jeunes ne parviennent à tuer la mort, la vieillesse et la maladie, les milliardaires pourront toujours numériser et transférer leur conscience. C’est du moins le pari que fait l’entrepreneur russe Dmitry Itskov, qui a quitté le monde des affaires pour consacrer sa fortune et son énergie à sa fondation, Initiative 2045.

Cette fondation est censée réunir les cerveaux les plus brillants et les portefeuilles les mieux garnis de la planète autour du Projet Avatar, qui s’articule en quatre grandes étapes. La première de ces étapes doit aboutir à la création d’un robot anthropomorphe pilotable via une interface neuronale directe d’ici 2020. La deuxième, à la transplantation d’un cerveau humain dans le robot d’ici 2025. La troisième, au transfert d’une conscience humaine dans un cerveau artificiel d’ici 2035. La quatrième doit aboutir à l’émergence d’avatars holographiques en 2045.

Mais conscience sans science n’étant que ruine de l’âme pour les milliardaires de la Silicon Valley, Elon Musk, le PDG de Tesla et SpaceX, s’efforce, lui, d’augmenter nos capacités cognitives en essayant de créer une interface humains-machines capable de contrer la montée en puissance de l’intelligence artificielle avec sa nouvelle entreprise Neuralink. « D’ici huit à dix ans, elle pourra être utilisée par des personnes valides », assure-t-il.

L’avènement d’êtres surhumains envisagé par Stephen Hawking ne serait donc plus très loin. Or, écrit le physicien, « une fois que les superhumains seront apparus, des problèmes politiques significatifs vont émerger avec les humains non-améliorés, qui seront incapables de se montrer compétitifs ». « Ils disparaîtront ou deviendront sans importance. Au lieu de cela, il y aura une course d’êtres auto-conçus qui s’améliorent à un rythme toujours croissant. »

Brèves réponses aux grandes questions se termine néanmoins ainsi : « En toutes circonstances, il y a toujours quelque chose à faire, et à réussir. N’abandonnez jamais. Faites confiance à votre imagination. Faites advenir le futur. »