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Larry Page a un rhume

Lorsque Larry Page a un rhume, c’est Google qui s’enroue. Au printemps 2012, le PDG de l’entreprise phare de la Silicon Valley a dû rester bien au chaud chez lui, contraint d’annuler sa participation à la conférence annuelle des actionnaires et son discours rituel au Google I/O. Eric Schmidt, le président du conseil d’administration de la firme californienne, a eu bien du mal à rassurer les investisseurs et le public. Il s’agissait officiellement d’une extinction de voix due à un mauvais rhume. On imaginait d’ici le pauvre Larry Page emmitouflé sous la couette, réconforté par la vue des séquoias et des abricotiers qui parsèment les rues de Palo Alto, alors qu’il sirotait du lait  au miel dans sa villa high tech. Mais son silence a duré près d’un an et les gens ont commencé à soupçonner qu’il avait autre chose qu’une vilaine toux.

C’est pourtant de cette façon terriblement banale que l’affaire a commencé. Il y a 17 ans, Larry Page a attrapé un rhume qui a eu raison de sa voix. Il ne s’en est pas inquiété sur le moment, mais après avoir retrouvé la forme, il a gardé une voix enrouée. Quelques jours plus tard, il est allé consulter un médecin qui lui a diagnostiqué une paralysie de la corde vocale gauche.

Larry Page

Une affection nerveuse empêche sa corde vocale de vibrer correctement et cause un affaiblissement notable de sa voix. Trois ans plus tard, après un autre rhume, c’est sa deuxième corde vocale qui a été touchée et le diagnostic s’est précisé : Larry Page souffre de thyroïdite chronique lymphocytaire, ou thyroïdite de Hashimoto, du nom du médecin japonais qui l’a découverte en 1912. Affection plus répandue chez les femmes, la glande thyroïde du malade subit de virulentes attaques bactériennes qui endommagent les cordes vocales. Un simple rhume peut aggraver considérablement les choses.

C’est ce qui est arrivé au printemps 2012, lorsque Larry Page a de nouveau pris froid. Sa voix s’est éteinte et l’a contraint à une vie semi-monastique, loin de l’incontournable rendez-vous geek du Google I/O, durant lequel il intervient habituellement pour discuter des perspectives du géant de la tech devant un parterre de fans conquis. L’année suivante, de retour sur scène, le géant avait un genou au sol et Larry Page la voix de Marlon Brando dans Le Parrain. Aujourd’hui, on raconte qu’il aurait besoin d’un micro pour prendre la parole en réunion, même en petit comité. La thyroïdite de Hashimoto est connue pour engendrer de sévères dépressions et des manies – voire un cancer de la thyroïde dans certains cas –, mais le PDG de Google assure qu’il ne fait l’expérience d’aucun trouble supplémentaire. Il raconte d’un ton léger que son cofondateur Sergey Brin le taquine en lui disant qu’il est devenu un meilleur PDG depuis qu’il est malade, car il choisit bien ses mots.

La santé de Brin n’est pas en reste. Le cofondateur de Google avait 26 ans quand sa mère, Eugenia, a été diagnostiquée de la maladie de Parkinson. En 2008, Sergey Brin était marié à Anne Wojcicki, scientifique spécialisée en génomique et cofondatrice de 23andMe, une société de biotechnologie qui se propose d’analyser le code génétique de ses clients. Comptant parmi les premiers cobayes de la firme, Sergey Brin a découvert qu’il avait hérité d’une mutation génétique rare liée à un gène appelé LRRK2. Ce nom de code signifie qu’il a statistiquement entre 30 et 75 % de chance de développer à son tour le trouble neuro-dégénératif mortel, contre lequel il n’existe pour le moment aucun remède. Brin s’est donné dix ans pour venir à bout de la maladie.

Sergey Brin

La création en 2010 de Google[x], le « laboratoire secret » de Google, aurait semblé moins suspecte à l’époque si on avait été au fait de la santé des deux têtes de l’hydre technologique. Outre ses projets de R&D résolument futuristes, Google[x] s’est doté d’une division santé au sein de laquelle Google X Life Sciences a vu le jour, en mars 2013. Confié aux bons soins d’Andrew Conrad – biologiste moléculaire dont le travail a permis dans les années 1990 de réduire le coût et le temps nécessaires pour analyser les prélèvements sanguins recherchant des virus comme le sida –, Google X Life Sciences avait pour ambition de marier science et technologie pour réaliser des progrès spectaculaires dans la prévention et le traitement des maladies.

« Depuis les 2 000 dernières années, la médecine est esclave d’un système réactif », confiait Conrad en octobre 2014 au journaliste Steven Levy. Lorsque nous sommes malades, nous allons chez le médecin. Celui-ci nous examine, nous prescrit un traitement, un arrêt de travail de quelques jours et nous renvoie chez nous. Mais dans le cas de maladies graves, nous consultons souvent les spécialistes alors que l’affection a atteint un degré de développement avancé. Par exemple, la plupart des cancers sont détectés à des stades avancés, où ils ont peu de chances d’être soignés, tandis que certains présentent 90 % de chances de guérison s’ils sont détectés au premier stade. « La thèse centrale de Google Life Sciences est que quelque chose cloche avec la médecine telle qu’on la pratique aujourd’hui », poursuivait Conrad. « Nous allons tenter, avec des partenaires, de transformer la médecine actuelle pour la faire entrer dans un système proactif. »

En août 2015, Sergey Brin a annoncé la création d’Alphabet, le conglomérat de sociétés qui distingue clairement Google de ses différentes filiales. Auparavant sous l’égide de Google[x], Google Life Sciences a gagné son autonomie en décembre de cette année-là, poursuivant le rêve de guérison miraculeuse de Larry Page et Sergey Brin sous un nouveau nom : Verily.

Un nouvel espoir

Guérir les maladies est un vieux rêve de l’humanité. Au VIIIe siècle avant Jésus-Christ vivait un roi nommé Ézéchias. La Bible raconte que ce souverain du royaume de Juda implora Dieu de le délivrer d’une maladie incurable. Le Tout-Puissant répondit à sa prière en accordant au roi malade un sursis de quinze années, durant lequel il put jouir pleinement des richesses de son royaume. Il ne fait aucun doute que les pontes de la Silicon Valley n’ont aucune envie d’abandonner leur empire de sitôt. Ils ne veulent pas revivre la tragédie de Steve Jobs – dont certains spécialistes imputent la mort au choix de traiter son cancer par la médecine alternative. Ceci explique en partie pourquoi les ténors de la tech investissent dans la médecine. Mark Zuckerberg prévoit que nous pourrons « soigner, prévenir et contrôler » toutes les maladies d’ici la fin du siècle, et Bill Gates est certain que le cancer « ne sera plus un problème dans 30 ans ».

Andrew Conrad est du même avis. Le PDG de Verily avait un rhume, lui aussi, le jour où il a ouvert les portes des laboratoires de Google Life Sciences pour la première fois aux journalistes. « Je préfère me focaliser sur la recherche d’un remède au cancer, je soignerai les rhumes plus tard », plaisantait-il à l’époque devant les caméras.

Le premier projet de la société va en ce sens : il s’agit d’un bracelet capable de détecter les premiers signes de l’apparition d’un cancer au moyen de la nanotechnologie. En théorie, le patient avalera une pilule contenant des nanoparticules magnétiques (leur noyau est composé d’oxyde de fer) qui se mêleront à son sang. Ces particules microscopiques ont la faculté de s’attacher aux cellules cancéreuses. Le bracelet, quant à lui, servira d’aimant pour rassembler les nanoparticules et interpréter ce qu’elles ont vu dans le sang. Si elles révèlent la présence de cellules dangereuses, le patient pourra alors être traité avant que la maladie ne se développe davantage. Cependant, depuis l’annonce du projet à l’automne 2014, aucun prototype n’a encore vu le jour. « Verily est une entreprise visionnaire », reconnaît le professeur du MIT Robert Langer, « mais reste à voir si le système sera sûr, car nous savons aujourd’hui que les nanoparticules magnétiques sont toxiques. » Il reste sûrement beaucoup à faire aux ingénieurs de Verily pour le prouver.

C’est une constante des projets lancés par la société. Verily ressemble pour l’heure à une usine du père Noël un mois avant le réveillon : toutes ses idées sont excitantes mais presque aucune n’a abouti. Il faut cependant garder en tête que Verily s’est promis de faire évoluer la médecine, pas d’abolir le temps de recherche nécessaire pour concrétiser ses ambitions. Le premier défi pour Andrew Conrad et son équipe était de trouver des partenaires pour développer chacun de leurs projets. À l’heure qu’il est, cinq d’entre eux sont officiellement sur les rails.

Le 15 juillet 2014, le groupe pharmaceutique suisse Novartis a annoncé la signature d’un accord entre Verily et Alcon, sa division spécialisée en ophtalmologie. De cette collaboration doivent naître les smart lens, des lentilles intelligentes capables de mesurer le taux de glucose pour permettre aux patients diabétiques une surveillance plus précise de leur maladie. Elles devraient également rendre aux presbytes leur confort de lecture en incluant un système d’accommodation imitant la fonction de mise au point automatique de l’œil. « Notre rêve est d’utiliser les dernières avancées en matière de miniaturisation d’électronique pour améliorer la qualité de vie de millions de personnes », a déclaré Sergey Brin lors de la signature de l’accord entre les deux sociétés.

Crédits : Verily/Alcon

Le diabète est une autre préoccupation centrale de Verily. Outre leur accord avec Alcon, ils ont annoncé en septembre dernier le lancement d’une nouvelle start-up baptisée Onduo, en collaboration avec l’entreprise médicale française Sanofi – leur partenariat avait débuté en août 2015. Cette nouvelle plateforme est destinée à prendre en charge le traitement intégral du diabète, en alliant l’expérience de Sanofi en matière de soins aux techniques de pointe élaborées par la filiale de Google. Dans un premier temps, ils pourraient concevoir un logiciel s’appuyant sur le big data pour analyser les données récoltées jusqu’ici sur une maladie dont on estime qu’elle touchera 552 millions de personnes dans le monde d’ici 2030. L’électronique miniaturisée est également au cœur de la collaboration entre Verily et DexCom, initiée elle aussi en août 2015. Les deux entreprises prévoient la mise sur le marché en 2018 d’un glucomètre miniature, et d’un « pansement » jetable capable de mesurer le taux de glucose pour le début de l’année 2020.

L’été dernier, c’est avec le groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK) que Verily s’est associé, cette fois dans le champ de la bioélectronique. Leur coentreprise, Galvani Bioelectronics, compte recourir à de minuscules appareils pouvant être implantés dans le corps humain pour traiter les patients au moyen d’impulsions électriques – comme c’est le cas des pacemakers. « Beaucoup de processus du corps humains sont contrôlés par des signaux électriques établis entre le système nerveux et les organes », explique Brian Otis, le directeur de la technologie de Verily. « Et certaines maladies chroniques comme la maladie de Parkinson peuvent les dérégler. » Ce n’est pas la première fois que Verily se penche sur des technologies destinées au traitement de la maladie de Parkinson. Le 1er décembre 2016, la société a annoncé le lancement de Liftware, une gamme de cuillères électroniques conçues pour faciliter l’alimentation des patients atteints de Parkinson (ainsi que de personnes souffrant de problèmes moteurs divers). Ce premier produit entre sur le marché deux ans après le rachat par Google de Lift Labs et son intégration à Google[x] – un rachat initié par Sergey Brin, pour des raisons évidentes.

Le cinquième projet phare de la société d’Andrew Conrad est une coentreprise baptisée Verb Surgical, fruit de leur collaboration avec Ethicon, filiale de l’entreprise pharmaceutique américaine Johnson & Johnson. La mission de Verb Surgical est de créer des appareils chirurgicaux intelligents, destinés à faire évoluer la chirurgie vers un futur sans ordinateur encombrant. « 600 000 opérations chirurgicales robotisées sont pratiquées chaque année aux États-Unis », explique le PDG de la société, Scott Huennekens. Avec le système qu’ils sont en train d’élaborer, il imagine ce nombre passer à dix millions d’ici 20 ans. « Nous sommes encore loin d’un robot complètement automatisé », précise-t-il. Mais c’est à cela que ressemblera le futur de la chirurgie selon Verily.

L’analyste des nouvelles technologies Rob Enderle, qui suit attentivement Google depuis sa création, nous a confié son sentiment sur le véritable but de l’entreprise lors d’un entretien. « Verily a été créé pour assurer l’immortalité aux fondateurs de Google », dit-il. « La société est focalisée comme un laser sur le fait d’étendre la durée de vie humaine. Ce ne sont pas les premiers milliardaires de la tech à s’y essayer, Larry Ellison a investi dans le domaine avant eux. » Le patron d’Oracle a en effet fondé l’Ellison Medical Foundation pour en finir avec le vieillissement.

« Notre mission est de faire en sorte que les gens vivent plus longtemps en les débarrassant des maladies qui les tuent avant que l’âge ne s’en charge », rappelle Andrew Conrad. « En miniaturisant l’électronique, en comprenant de quelle façon utiliser les nanoparticules, et en analysant de grands volumes de données médicales avec efficacité, nous avons l’opportunité de créer de très nombreuses innovations qui vont transformer la façon dont nous nous soignons. »

Ce rêve, celui de Larry Page et Sergey Brin, Andrew Conrad le porte à bout de bras. Pourtant, il semblerait qu’il soit aussi la personne la plus susceptible de le briser.

En toute honnêteté

Dans une enquête publiée en mars dernier dans STAT, un magazine spécialisé dans les actualités du monde de la santé, le journaliste Charles Piller rapporte que 14 cadres supérieurs de Verily ont quitté l’entreprise au cours de l’année 2015. Neuf d’entre eux étaient présents à la fondation de la société et deux autres ont participé au lancement de GRAIL, une entreprise concurrente financée par Google Ventures et Bill Gates. Depuis, un autre fondateur de Verily a rejoint GRAIL, le scientifique Vik Bajaj – qui préside toujours au conseil scientifique de Verily. Ces départs soudains auraient été causés par Andrew Conrad, avec qui il serait très difficile de travailler, selon ses anciens employés.

« Verily » était un mot couramment employé dans le moyen anglais du XIIIesiècle, il signifie « en toute honnêteté ». Depuis son lancement en décembre 2015, l’un des mots d’ordre de la société est la transparence, comme aime à le rappeler Jessica Mega, la directrice du département médecine de Verily. « La rigueur scientifique sera toujours au cœur de ce que nous faisons », assure-t-elle. « Notre second objectif est de bâtir des équipes réunissant certains des plus grands ingénieurs de Google avec de grands scientifiques. Le troisième est la transparence, et la conjugaison de ces trois aspects est ce qui va nous permettre de faire la différence. »

Hors des communiqués de presse et des posts publiés sur le blog de Verily, pourtant, rien ne filtre des activités de l’entreprise ou des projets auxquels elle est rattachée. Lorsqu’on essaie de rencontrer les acteurs de cette nébuleuse, on se heurte à un mur. « Étant donné la visibilité de ces projets et la compétitivité du milieu, Alcon et Verily font des efforts consciencieux pour maintenir la confidentialité autour de leurs projets communs », nous a répondu sans équivoque la responsable des communications d’Alcon. D’anciens employés de Verily affirment que parler à un journaliste sans autorisation expresse de la hiérarchie suffit pour être licencié. Il y a peut-être d’autres raisons à cela que le secret industriel.

Verily a beaucoup communiqué sur son projet de smart lens développé en partenariat avec Alcon, mais John Smith, ancien directeur scientifique de LifeScan (une filiale de Johnson & Johnson), dit avoir accueilli la nouvelle « avec scepticisme » dès son annonce en 2014. « Des chercheurs planchent sur ce genre de lentilles utilisant des biocapteurs depuis 2003, et pas une n’a atterri sur le marché », confie-t-il en remettant en cause la faisabilité de l’idée. « Il doit exister une trentaine de technologies non-invasives qui prétendent pouvoir mesurer le taux de glucose à partir des larmes, de la salive ou de la sueur. » D’après Smith, elles se sont toutes butées à une réalité qu’aucune avancée technologique ne peut dépasser : ces fluides ne présentent pas un taux de glucose qui reflète celui du sang. Existe-t-il pour autant un rapport entre les deux taux ? Gageons que les scientifiques d’Alcon et Verily se creusent la cervelle pour le découvrir.

Autre projet apparemment au point mort, le bracelet-détecteur-de-cancer – ou « projet tricordeur » comme le surnomme Andrew Conrad en référence à Star Trek. Un ancien employé de Verily qui a souhaité conserver l’anonymat se rappelle de la réunion durant laquelle Conrad a annoncé à l’équipe qu’ils allaient trouver un remède au cancer. « Il a affiché sur grand écran des images de nanoparticules traquant des cellules cancéreuses dans le sang, puis transmettant des signaux lumineux à un bracelet équipé d’un capteur pour l’avertir de leur présence », raconte-t-il. Après la présentation, Conrad a promis la sortie d’un prototype dans les six mois. C’était il y a trois ans et demi. Les employés qui ont quitté la société entre-temps affirment que le projet tricordeur s’est embourbé. « Verily/Google n’est pas une véritable entreprise médicale », dit Rob Enderle. « Et s’aventurer dans des domaines qu’on connaît mal s’accompagne toujours de problèmes. »

Au lancement de Verily, Andrew Conrad déclarait avec grandiloquence qu’ « il n’y a qu’avec la vérité que nous pourrons vaincre Mère Nature ». La vérité, à en croire ses anciens collaborateurs, c’est que le scientifique-entrepreneur en dit souvent plus qu’il ne fait. Le Dr Michael Luther, aujourd’hui PDG de Bantam Pharmaceutical, a travaillé avec lui du temps où il dirigeait l’institut de recherche David H. Murdock, que Conrad a participé à fonder. « On avait l’habitude de l’appeler le “goéland de la science”. Il débarquait soudainement pour piailler et chier partout. Et puis il s’en allait », raconte-t-il en riant.

Parmi les employés qui ont abandonné le navire, il y a Babak Parviz, l’initiateur du projet smart lens. Il est aujourd’hui vice-président d’Amazon.com. Jean Wang, l’une des « grandes ingénieures » de Google qui travaillaient chez Verily, a également rejoint l’entreprise de Jeff Bezos durant l’été 2014. « Si des figures aussi importantes partent avant que les premiers projets ne soient concrétisés, c’est clairement que quelque chose ne tourne pas rond », explique Rob Enderle. « Malgré tout, il a un background solide et il semble être la personne idéale pour ce poste. Sans compter que l’autonomie dont il bénéficie depuis la fondation d’Alphabet ne peut qu’être positive pour Verily. Il faut être patients et voir où ils en sont dans les prochaines années. »

Jeff Huber n’a pas eu la patience. Il a quitté sa position de conseiller auprès de Conrad pour devenir en février dernier le PDG de GRAIL, une start-up qui s’est donnée pour mission créer un test sanguin capable de prévenir et de soigner le cancer avant l’apparition des premiers symptômes… « C’est impossible de discuter avec Andrew pendant plus de dix minutes », renchérit Michael Luther. « Il est du genre à vous promettre des tas de choses mais le résultat est souvent décevant. »

Andrew Conrad a de nombreuses idées qui révolutionneraient sans aucun doute la médecine, si elles quittaient le domaine de la science-fiction pour entrer dans celui de la réalité scientifique. Il y a fort à parier que tous les projets entrepris par la société détenue à 99 % par Google ne resteront pas au stade du PowerPoint. Mais pour l’heure, ils sont apparemment nombreux chez Verily à penser que l’herbe est plus verte chez GRAIL. Larry Page et Sergey Brin, qui ont un pied dans les deux firmes, n’ont plus qu’à attendre que le meilleur gagne.