L’impression 3D, déjà utilisé dans le monde du textile et de la mode pour concevoir des accessoires et produire des créations inédites, pourrait à terme permettre de fabriquer du textile… jusqu’à révolutionner tout un secteur.

Une démocratisation progressive

L’impression 3D est de plus en plus utilisée dans le monde de la mode, pour la création, la production, ou en magasin. Cette technologie – qui s’est démocratisée depuis 2010 – est ainsi un outil permettant d’expérimenter de nouvelles idées, mais aussi de proposer aux consommateurs une expérience hautement personnalisée.

Actuellement, comme le décrit Futur404, spécialiste de la FashionTech, il est possible d’utiliser l’impression 3D (la « fabrication additive ») dans le domaine de la mode pour concevoir des pièces « intégrales » pour les défilés sans passer par des moules, pour fabriquer de très originales robes en plastique, ornements de robes, mais aussi pour produire rapidement et à coût réduit des pièces métalliques de produits de maroquinerie, ou encore des accessoires de mode (bijoux fantaisie).

Selon Futur404, l’impression 3D peut aussi être utilisée pour le prototypage (production de moules) ou la fabrication de pièces de joaillerie, d’une façon plus rapide et moins coûteuse, comme le font déjà les maisons Cartier et Goossens, ou encore la marque Gemmyo. La fabrication additive est aussi largement utilisée par des marques de chaussures de sport (Nike, Adidas, Reebok…) pour concevoir des semelles adaptées aux pieds de chaque clients. À noter que l’impression 3D est aussi utilisée par des maisons de luxe pour l’outillage, et le remplacement de pièces de machines à coudre industrielles.

« Repousser les limites »

Étape supérieure : l’impression 3D, sur laquelle planchent des chercheurs et des sociétés comme Tamicare, feu Electroloom ou encore Kniterate, devrait à terme permettre d’imprimer directement des textiles, et non plus seulement des matières plastiques souples, comme le TPU (plastique polyuréthane). Ces dernières permettent de concevoir de très belles créations, mais limitent tout de même le travail des designers.

Au Royaume-Uni, des chercheurs de l’Université de Loughborough réalisent actuellement, avec le géant du textile sud-coréen Yeh Group et une « grande maison de mode », un procédé permettant d’imprimer directement des vêtements et des chaussures textiles, en 24h, à partir d’une imprimante 3D. Le projet en cours, « 3D Fashion », est présenté par Guy Bingham, à la tête de l’équipe de recherche, comme une chance de « repousser les limites de ce que vous pourrez créer ».

« En tant que designers, l’impression 3D vous permettra d’innover plus vite, et de créer une mode personnalisée, sans contraintes géométriques (avec des formes complexes), et aussi de manière durable », indique le chercheur, pour qui cette technologie révolutionnera à terme l’industrie de la mode. Son équipe cherche en outre à combiner le processus d’impression de textiles avec un « scan corporel » en 3D, qui permettrait aux créatifs de proposer à leurs clients une « expérience de prêt à porter entièrement personnalisée ». Les coûts seraient aussi optimisés, car l’impression 3D pourrait permettre à terme de mieux gérer le stockage des matières premières et des vêtements, grâce à une « impression sur demande ».

Crédits : Loughborough University/YouTube

Une expérience écologique

Reste la révolution écologique que créerait l’impression 3D pour le monde de la mode et du textile. Selon Guy Bingham, ce secteur produit « beaucoup de déchets », et la fabrication additive est « l’occasion de changer radicalement la façon dont les vêtements sont réellement fabriqués ». L’impression 3D pourrait ainsi permettre de réduire les déchets et les émissions de CO2, en optimisant les processus de production.

Auteur : Fabien Soyez