Les États-Unis, la Chine et l’Union Européenne se livrent actuellement une guerre secrète pour être le premier à créer son réseau 5G. Il faut dire que les enjeux économiques et industriels sont énormes.

La guerre pour la 5G a commencé. Ce réseau mobile ultra-rapide est considéré par les États-Unis comme une « priorité pour la défense nationale », ainsi que pour l’économie américaine – au point qu’en mai 2018, Donald Trump a affirmé sa volonté de construire au plus vite un « réseau national centralisé », visant 2019 comme deadline.

Il faut dire que face aux USA, se dresse une nouvelle grande puissance, qui selon une étude du cabinet Analysys Mason, aurait « une longueur d’avance » sur ses concurrents occidentaux : la Chine. Grâce à une politique « proactive » de la part du régime en place (incitations financières, suppression annoncée des frais d’itinérance, réduction des prix de l’Internet mobile…) visant à faire de l’ancien Empire du milieu un géant de la tech d’ici 2025, des entreprises comme Huawei et ZTE développent déjà des smartphones capables de télécharger à la vitesse de 10 Gigabits par seconde (vitesse promise par la 5G) – et sont donc en avance sur leurs concurrents. Des opérateurs comme China Mobile seraient en outre prêts à déployer le réseau mobile nouvelle génération avant la fin de l’année 2018.

Loin derrière, l’Europe tente de faire bonne figure et de faire oublier que la 5G n’est encore qu’au stade des expériences. Début 2018, les opérateurs français ont pu réaliser des tests « grandeur nature » dans plusieurs grandes villes, dont Lyon et Lille, mais Orange ne prévoit de déployer la 5G sur le territoire… qu’en 2020, pour une généralisation en 2025 seulement. Cette date butoir étant la même dans les autres pays européens, l’UE ne cache pas son inquiétude face à ce retard, incitant les 28 Etats membres et leurs opérateurs à se mettre une fois pour toute d’accord sur la durée de délivrance des licences (20 ou 25 ans) et sur les bandes de fréquence, afin d’impulser réellement le déploiement de la 5G – et donc d’aller plus vite.

Face à la « menace » que représente la Chine, Donald Trump s’apprête à signer un décret visant à limiter la vente d’appareils mobiles chinois sur le territoire US – et donc à pénaliser les groupes Huawei et ZTE, sans véritables raisons…

La promesse d’un bond technologique

Pourquoi la 5G semble-t-elle être à ce point un enjeu stratégique et commercial ? Avec le débit ultra rapide qu’elle annonce (un réseau 100 fois plus rapide que les réseaux 4G actuels), la 5G porte en elle la promesse d’un véritable bond technologique. Grâce à une connexion décuplée et à une latence presque inexistante, permettant aux utilisateurs d’être connectés en permanence, ce « réseau mobile du futur » devrait en effet permettre de mieux gérer les voitures autonomes, de créer des jeux vidéo en VR, de développer toujours plus l’Internet des objets ainsi que l’industrie du streaming, ou encore la chirurgie virtuelle…

D’après une étude du cabinet IHS Markit, la 5G pourrait générer d’ici 2035, un flux de 11 300 milliards d’euros d’échanges dans le monde. L’UE et les Etats-Unis estiment de leur côté que le futur réseau mobile pourrait créer entre 2 et 3 millions d’emplois sur leurs sols. Selon un rapport récent de l’Arcep (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes), la 5G et son débit ultra-rapide permettront finalement de « numériser réellement la société et l’économie » (en premier lieu les entreprises) – et donc de nous propulser enfin vers le futur.

Voitures autonomes et smart cities

La 5G promet surtout, explique l’Arcep, d’amplifier la plupart des révolutions technologiques en cours. Ce réseau mobile pourrait ainsi « jouer un rôle » dans le développement des voitures autonomes, en permettant d’apporter dans les véhicules une connectivité Internet à même de « divertir les passagers », mais aussi en améliorant l’accès « à des informations permettant de fournir une aide à la conduite, dans le but de réduire les accidents et d’améliorer la fluidité du trafic ». La 5G devrait aussi permettre de « connecter » plusieurs véhicules entre eux.

Toujours selon l’Arcep, le futur réseau mobile permettra à terme de construire de véritables « smart cities », organisées entièrement autour des données, du « cloud » et de l’Internet des objets (ces derniers pouvant communiquer presque instantanément entre eux). Selon le rapport de l’autorité de régulation, la 5G représente finalement, pour « de nombreux pays », l’occasion de générer « d’importantes retombées socio-économiques (revenus possibles liés à la 5G s’élevant à près de 225 milliards d’Euros/an d’ici 2025) », ainsi que « d’affirmer leur leadership technologique et d’améliorer la compétitivité de leurs entreprises ». Ces raisons passant bien avant la sécurité nationale brandie par Donald Trump, qui semble prêt à nationaliser son futur réseau mobile pour empêcher « les Chinois de nous espionner ».